Petite chronique boursière : « La guerre des étoiles »

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Alors que nos chères têtes blondes s’apprêtent à prendre d’assaut les salles de cinéma pour se repaître de la dernière livraison des studios Disney relative à la saga de la Guerre des Etoiles (« Les derniers Jedi »), certains de leurs parents (parmi lesquels quelques-uns se seront également déplacés dans les salles obscures pour la même raison) mettront à profit les vacances de fin d’année pour mettre de l’ordre dans leurs finances, y compris leurs portefeuilles de placements. Et c’est une autre histoire d’étoiles, où, là aussi, tous les coups sont permis.

Depuis un bon bout de temps en effet, les Français, à l’image des autres Européens, ont garni leurs portefeuilles de fonds et sicav de toutes sortes. N’ayant pas la science infuse en la matière, la plupart se fient aux informations qu’ils trouvent dans la presse spécialisée, qu’elle soit sur support numérique ou sur du bon vieux papier. Face au déluge d’informations concernant une offre de produits pléthorique, c’est également tout naturellement qu’ils scrutent prioritairement les meilleurs élèves des classements proposés, le plus souvent distingués par leur nombre d’étoiles. C’est comme pour les bons restaurants : plus il y a d’étoiles et plus la qualité est censée être au rendez-vous.

Fin de l’histoire et visionnons à nouveau sans plus tarder les volets précédents de Star Wars ?

Pas si vite ! Car se contenter d’opter pour les bons élèves des classements de fonds n’est pas forcément une bonne idée.

  1. Fondamentalement, le plus souvent, les fonds sont classés en fonction de leur performance (rendement) sur une période plus ou moins récente (typiquement 3 ou 5 ans). Or, comme de nombreuses analyses l’ont démontré, la performance historique d’un fonds n’est guère indicative de sa performance future. En Bourse, il n’est pas rare qu’une bonne, voire une très bonne performance, soit suivie par une performance moyenne, voire médiocre. Par ailleurs, un fonds qui a du succès peut voir exploser sa demande et éprouver des difficultés à répéter une performance de qualité avec nettement plus d’actifs à gérer.
  2. Un des éternels débats de la gestion de fonds peut se résumer ainsi : « Luck versus Skills ». Une bonne (mauvaise) performance a-t-elle pour origine la chance (la malchance) ou des aptitudes spécifiques (le manque de celles-ci) ? De l’extérieur, il est très difficile de se faire une opinion. Et même si on identifiait des aptitudes supérieures à telle ou telle équipe de gestion, comment être certain que cette équipe ne sera pas modifiée dans les années à venir ?
  3. Une note (nécessairement) synthétique de 4 ou 5 étoiles ne dit pas tout des qualités supposées du produit. Il s’agit de vérifier la méthodologie. Seule la performance passée est-elle prise en compte ? Ou bien d’autres considérations comme les frais (d’entrée, de gestion, de sortie) ou encore le risque (souvent assimilé à la volatilité) sont-elles constitutives de l’évaluation ? Cette évaluation est-elle absolue (dans tout l’univers des fonds disponibles) ou bien relative à la catégorie (par exemple, actions européennes) ou la sous-catégorie (par exemple, actions européennes de grande capitalisation) à laquelle appartient ce fonds ?
  4. Un examen critique de qui effectue le classement peut également s’avérer utile. Le prestataire est-il totalement indépendant ? Quels sont ses liens avec l’industrie des fonds ? Est-il également partie prenante dans la commercialisation de fonds, auquel cas il aurait tout naturellement tendance à biaiser son analyse ? Bref, identifier les éventuels conflits d’intérêts éclaire la sélection des meilleurs conseils.

Euh, oui, bon, finalement, quel est l’intérêt de tous ces classements ? Pourquoi investir dans un fonds catalogué comme « Gold » ou se réclamant de « 5 étoiles » ?

La vérité ? Cela ne sert à pas grand-chose, du moins dans la majorité des classements proposés.

Quelle serait dès lors l’information judicieuse à rechercher ?

Tout d’abord, un fonds n’est jamais bon ou mauvais pour tout le monde. Avant de considérer tel ou tel type de placement pour son portefeuille, l’investisseur doit d’abord s’intéresser à son horizon de placement et à son profil de risque (capacité à supporter une perte, même temporaire). Les meilleurs conseillers lui proposeront alors une composition de portefeuille diversifiée et équilibrée de façon à optimiser, autant que faire se peut, son rendement attendu. Le choix des catégories d’actifs est plus important que celui des fonds qui les incarneront. Une fois cette étape franchie, il sera donc toujours temps de trouver les fonds appropriés de façon à constituer au mieux ce portefeuille. Mais, en cas de choix, faut-il opter pour un fonds bien géré par le passé (ayant, par exemple, surperformé son indice de référence) ou pour un fonds aux frais réduits (ce qui est majoritairement le cas des fonds ETF, gérés passivement) ? Vu la dynamique actuelle du secteur des fonds de placement, il sera difficile à un fonds proposant des frais réduits de les relever par la suite. Par contre, un fonds bien géré jusqu’ici en terme de rendement, sauf s’il y a une raison objective et durable à cette performance, pourra passer par des périodes délicates. Donc, en cas d’hésitation, mieux vaut opter pour la version à faibles frais.

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