La liberté de se lancer et se choisir : maintenant ?

Gilles MartinPar Gilles Martin (chroniqueur exclusif) – Président du cabinet de conseil en stratégie et management PMP

Dans le monde d’aujourd’hui, notre seule chance est-elle de se décider à se prendre en main, sans compter sur personne, et surtout pas l’Etat et les pouvoirs publics, qui ont de fait de moins en moins de pouvoirs sur nous ?

C’est la thèse du dernier livre de Jacques Attali, «  Devenir Soi ».

C’est un appel à profiter de notre liberté, ce qui ne va pas de soi, car, comme le rappelle Jacques Attali, «  bien des gens se résignent à n’être, toute leur vie, que ce que les autres ont décidé qu’ils seront ; ils mènent l’existence que les autres, ou les hasards, ont tracée pour eux là où ils sont nés. Par peur. Par paresse. Par passivité. Ils survivent au mieux, trouvant parfois de minces bonheurs dans les anecdotes de leurs destins ».

Et la réponse n’est pas de « s’indigner », c’est-à-dire de critiquer, de protester, mais sans jamais transformer l’indignation en actes. Jacques Attali les appelle les « résignés-réclamants » : «  Résignés à ne pas choisir leur vie ; réclamant quelques compensations à leur servitude ».

Se prendre en main, c’est tenter de devenir soi-même, d’où le titre de l’ouvrage. Il nous prédit qu’une « Renaissance est en marche », comme au XVème Siècle en Europe.

Parmi ceux qui se sentent appelés par cette Renaissance, on pense aux « entrepreneurs ». Je recevais cette semaine un cadre d’un grand Groupe industriel, 35 ans, ingénieur diplômé de Polytechnique, parcours classique, carrière presque écrite d’avance. «  D’un point de vue professionnel, ça se passe bien… » commence-t-il ; mais ce qui lui manque, me confie-t-il, c’est de « vibrer », connaître quelque chose de « plus entrepreneurial », alors que, en restant dans ce grand Groupe où « tout se passe bien », il ne voit pas dans quel « poste de rêve » il pourrait atterrir. Il se demande aussi si l’emploi salarié ne va pas disparaître des envies des gens, remplacé par des emplois d’entrepreneurs indépendants de plus en plus nombreux ; il aimerait gérer, non pas des « projets », comme dans son « grand Groupe », mais un « P & L » (Profit & Loss, un compte de Résultat). Quelque chose où il peut « voir l’impact ».

Mais, comme nombreux, il n’ose pas, il ne sait pas comment s’y prendre, il croit que c’est peut-être encore trop tôt, qu’il est trop jeune, ou tout autre prétexte qui lui font garder ses rêves pour lui, en restant dans le « grand Groupe ». Ce qui empêche de se lancer, c’est la peur.

Je conseille à tous ceux qui sont encombrés par ce type de peur de lire le dernier livre de Seth Godin, «  C’est à vous de jouer ! », qui sort en janvier aux Editions Diateino : son message est précisément de nous apprendre à ignorer la peur qui est en nous, et à oser. Est-ce qu’il y a un bon moment pour se lancer ? Non, nous dit Seth Godin : «  Il n’y a pas de bon moment. Quand vous fondez une famille, ce n’est pas le bon moment. Quand vos enfants commencent leurs études ce n’est pas le bon moment. Quand vous devez vous occuper de votre vieille mère…Nous avons mille bonnes raisons d’échanger notre liberté contre l’illusion de la sécurité. Toutes reposent sur une mauvaise compréhension de la peur face à la liberté.

C’est la chance de notre vie.

Notre vie.

Pas plus tard.

Maintenant ».

Jacques Attali est même convaincu que nous aurons de moins en moins le choix : «  Ceux qui croiront qu’ils peuvent rester durablement un « résigné-réclamant » verront leur niveau de vie baisser irréversiblement quand les technologies feront fondre toutes les rentes, et quand les Etats, de plus en plus endettés, perdront leurs ultimes moyens d’assister les citoyens, même les plus faibles d’entre eux ».

Alors, si l’on a envie d’avoir envie, Jacques Attali nous prescrit comment « devenir soi » en cinq étapes à suivre.

Première étape : Prendre conscience de son aliénation : c’est un moment de « Pause », un arrachement par rapport à sa dépendance antérieure, ce que certains appellent « la pleine conscience ».

Deuxième étape : se respecter et se faire respecter : c’est décider ce sur quoi on est prêt ou non à transiger ; c’est aussi écarter la haine de soi, ne pas se mépriser, penser qu’il y a nécessairement en soi quelque chose qui mérite d’être mis en valeur.

Troisième étape : ne rien attendre des autres : c’est prendre conscience de sa solitude.

Quatrième étape : prendre conscience de son unicité : c’est l’autre versant de la solitude. Chacun est unique. Chacun peut faire, pour soi et pour d’autres, dans son travail et le reste de sa vie, des choses que personne d’autre n’a faites, et ne pourrait faire de la même façon. Le but de la vie n’est pas de survivre, mais de « sur – vivre ». Cela conduit à «  ne pas faire ce que les autres attendent de soi, à cesser de penser sa réussite en fonction de critères imposés par les autres, à ne rien faire qui pourrait être fait aussi bien par d’autres, à ne pas occuper une fonction qu’un autre pourrait mieux remplir, à tenter de ne faire que quelque chose d’unique, à tenter de découvrir ce qui est unique en soi ».

Cinquième étape : Se trouver, se choisir : c’est trouver sa place. Oui, je peux agir ! Oui, je peux réussir !

On comprend que plus seront nombreux ceux qui ne se résigneront pas, meilleur sera l’avenir du monde.

Alors, avec le courage de Seth Godin et les étapes de Jacques Attali, et surtout avec notre propre courage, nous pouvons peut-être changer le monde…

Souhaitons-nous le nous.

Bonne et heureuse année 2015 !

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