La Liberté guidant le peuple … chypriote

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

(Cette chronique est rédigée le mercredi 20
mars, à un moment où « l’affaire » est toujours en cours)

Cette fois, ils ont osé ! Si certains
croyaient encore que la crise financière s’était éteinte grâce aux déclarations
à l’été 2012 du patron de la BCE, Mario Draghi, les événements chypriotes du
week-end dernier y opposent un démenti formel. Pour la première fois depuis le
début de cette crise, les autorités d’un pays de l’Eurozone ont décidé, sans
débat démocratique préalable, de ponctionner une taxe sur les comptes des
épargnants. Mais, quelques heures plus tard, ce projet était rejeté par le Parlement
de la petite île, planchant dès lors sur un plan B.

Alors, bien entendu, cette taxe, décidée
dans l’urgence, avait été présentée comme « exceptionnelle », Chypre
est pointée du doigt comme une plaque tournante du blanchiment de l’argent sale
russe et les petits épargnants n’auraient été que peu ou pas touchés.

Mais le signal envoyé aux citoyens et aux
entreprises est désastreux. Ce dernier week-end restera dans l’histoire celui
d’une audacieuse tentative d’expropriation forcée et donc de fin de l’Etat de
droit en Europe. Ce n’est pas rien. Et avoir son compte bloqué pendant près
d’une semaine et le récupérer raboté de plusieurs pourcents doit être une
expérience hautement désagréable. Une nouvelle fois, c’est la crédibilité de
tout le système financier européen qui a été remise en cause. Et, même en
l’absence de panique bancaire, si la confiance, ce troisième pilier productif
du capitalisme aux côtés du capital et du travail, n’est plus là, les
perspectives de retour durable à la croissance économique sur le Vieux
Continent s’éloignent encore un peu plus. Or, sans croissance, les déficits ne
se résorberont pas, la dette continuera d’enfler et la crise, au moins
économique et peut-être également financière, se perpétuera.

Peut-être bien, me direz-vous. Mais les
mesures décidées ne constituaient-elles pas un moindre mal par rapport à un
scénario de défaut de l’Etat chypriote (déjà endetté à hauteur de 90% du PIB) et/ou de faillite de ses
banques (pesant 17 fois le poids de l’économie), dopées à la dette grecque
(encore elle !). Ne fallait-il pas s’asseoir sur certains principes, même
« sacrés », pour sauver l’essentiel ? A ceci, il est possible de
rétorquer plusieurs choses. Tout d’abord, avant de faire passer les épargnants
à la casserole, il aurait sans doute mieux valu tondre les actionnaires et les
créanciers obligataires des banques. Ce qui n’a pas été fait. (Et si cela vous
fait penser à l’épisode espagnol, c’est normal, la même logique est à l’œuvre).
Il est vrai que cela n’aurait pas suffi à dégotter les quelque 6 milliards d’euros
requis par la Troïka. Mais au moins la symbolique aurait été préservée.
Ensuite, si cette taxation unilatérale permet de faire porter l’effort sur les
plus riches et surtout sur les personnes, morales ou physiques, soupçonnables
de blanchiment d’argent, il n’en demeure pas moins qu’il se serait agi d’un vol
légal touchant tous les épargnants (à l’exception des très modestes). Pourquoi
ne pas avoir mené plus tôt la chasse à ces criminels en col blanc ?
Serait-ce parce qu’ils étaient à une certaine époque les bienvenus pour
financer la dette publique grecque ?? Enfin, est-il finalement si
inconcevable de trouver un autre plan (via l’aide russe par exemple), voire de
laisser les banques en difficultés faire effectivement faillite et garantir les
dépôts dans la mesure de ce qui est possible (au moins les 100000 premiers
euros) ? Car l’Etat chypriote, comme les autres Etats européens, s’est
engagé à garantir les dépôts dans cette limite. En un week-end, la parole
publique a également perdu toute crédibilité. Et si on ajoute que les
gouvernements des 27 pays européens n’ont rien trouvé à redire au plan proposé,
cela peut légitimement inquiéter toute personne disposant d’un compte dans l’un
quelconque établissement bancaire européen (oui, surtout dans un pays du sud
mais pas seulement).

Au-delà de toutes ces interrogations
témoignant de l’opacité anti-démocratique de cet épisode (et je n’ai rien dit
sur la destination réelle, très floue, des fonds du sauvetage), une chose est
certaine : la crise européenne, qui ne se limite évidemment pas à Chypre, est
toujours là et il va falloir continuer de passer à la caisse. N’ayez aucun
doute : ce sont les classes moyennes qui continueront à casquer. Les
inégalités vont continuer à se creuser au profit des plus riches (propriétaires
de titres financiers, de biens matériels comme des immeubles ou des terrains)
tandis que les plus pauvres, qui ne sont évidemment pas à envier (!), seront
« protégés » par la solidarité. Les classes moyennes, elles, seront
mises à contribution par les impôts de toutes sortes (allant donc, la preuve en
ayant été apportée, jusqu’au vol potentiel pur et simple sur l’épargne) mais
aussi, de façon plus insidieuse, par la probable (certains diront :
inévitable) inflation, voire hyper-inflation, amenée par la création monétaire.
N’oubliez pas que si votre compte d’épargne vous rapporte 2,5% par an mais que
l’inflation se situe à 5%, vous perdez chaque année 2,5% de pouvoir d’achat.

Bien entendu, il y a une autre
solution : des réformes structurelles publiques visant à faire des
économies substantielles dans nos Etats dispendieux. Mais ne rêvons pas trop …       

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