La taxe Tobin ou l’enfer pavé de bonnes intentions

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Sans surprise, les questions économiques et financières ont animé un peu partout les débats qui ont précédé les élections européennes de ce week-end. Pour tenter de redorer, auprès des populations, un blason terni par les politiques de rigueur budgétaire et à l’instigation de la France et de l’Allemagne, une dizaine de pays européens ont à cette occasion annoncé leur projet de mettre en œuvre, à partir de janvier 2016, une taxe commune sur les transactions financières.

Un peu partout, sur le Net, partisans et opposants de cette taxe s’affrontent en débats idéologiques passionnés. Essayons de nous limiter aux buts de cette mesure et à ses effets probables. Bien évidemment, ici comme ailleurs, l’objectivité totale n’est pas de ce monde. Je vous rassure : je ne suis même pas dupe de moi-même …

Reprenons !

Cette taxe Tobin (du nom de l’économiste américain, prix Nobel, qui avait cherché à réduire la chaos monétaire  du début des années 70 – aucune taxe Tobin n’avait finalement vu le jour à l’époque) poursuit un double objectif : réduire la spéculation financière, présentée comme à l’origine de la crise, et dégager des moyens pour combler les déficits et éponger les dettes publiques.  Mais, si ce dessein est louable, passer de la théorie à la pratique semble nettement plus délicat.

D’abord,  à la lumière d’expériences de mise en application d’une  taxe Tobin (notamment en Suède dans les années 80), il apparaît qu’une telle mesure réduit la liquidité des marchés (ce qui dégrade les conditions des transactions pour les investisseurs) sans affecter leur volatilité. Et l’accord minimal dégagé au niveau européen vise principalement les actions, reportant aux calendes grecques toute  velléité d’intervention sur les produits dérivés et le trading à haute fréquence, deux domaines nettement plus déstabilisants en cas de crise financière.

Ensuite, une taxation de 0,1% à l’échelle des pays concernés ne rapporterait sans doute au total que quelques milliards d’euros, du moins tant que les produits dérivés en sont exclus. Même une application plus vigoureuse de cette taxe ne devrait, dans le meilleur des cas, pas rapporter plus de 50 milliards d’euros par an. Ce qui reste dérisoire eu égard aux déficits et dettes en Europe.  Et n’oublions pas que les places financières concernées perdront en compétitivité face aux places de New York et de Londres qui , elles, ne veulent pas de cette taxe. A la clé : moins de transactions et donc moins de rentrées fiscales. La France qui connaît déjà une taxe de ce type depuis deux ans n’a d’ailleurs pu récolter jusqu’ici les impôts qu’elle espérait. Trop d’impôts tue l’impôt, cela n’est pourtant pas nouveau !

Enfin, ne négligeons pas une importante question. Qui paiera, en fin de compte, cette taxe ? Les banques ? Déjà fragilisées par la crise et les nouvelles exigences de solvabilité , les banques reporteront probablement ce coût sur leurs clients …. à savoir, vous, chers lecteurs de cette chronique ! De quoi vous décourager en peu plus d’investir en actions,  pourtant une pierre angulaire de tout portefeuille diversifié.

 

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