Le multiculturalisme canadien vs l’intégration républicaine

Yann Rousselot-Pailley Par Yann Rousselot-Pailley (chroniqueur exclusif)Present Profit

Les entrepreneurs doivent particulièrement bien comprendre leur contexte économique et social pour être efficace et rentable. Cette compréhension est particulièrement difficile lorsqu'il faut "opérer" sur un marché étranger. Les entrepreneurs européens qui décident d'aller "jouer à l'extérieur" (pour faire une analogie footballistique) ne peuvent pas réussir sans une ouverture d'esprit hors du commun. 

Dans le cas du Canada, cette qualité particulièrement importante.

Dans un pays qui parle français, l'entrepreneur européeen est tenté de reproduire ses codes et ses modèles. Avec des gens accueillants et concilliants – en fait politiquement correct – il sera tenté d'imposer son point de vue, sa façon de faire des affaire. Finalement, sans crier gare, c'est l'échec total qui le surprend et il repart en France en disant  avec une pointe de cynisme : "Pour faire une petite fortune au Canada, il faut venir avec une grosse". 

L'intégration est déjà un challenge pour les immigrants. Mais pour l'entrepreneur c'est une question de survie de son entreprise – tout au moins localement. 

Bien souvent, la réaction normale des Français qui viennent faire des affaires au Canada, c'est de chercher l'intégration parfaite, idéale. Et l'intégration parfaite, c'est bien sûr celle des Pères Fondateurs de la République Française, qui ont mis l'appartenance à la Nation au dessus de tout autre vertu. Et voilà comment, au Canada, on entend les Français prononcer des phrases qui ne nous parlent pas : "Les immigrants qui échouent sont ceux qui ne veulent pas s'intégrer, vivre et agir comme les gens d'ici". On voit même des comportements qui ne nous semble pas logiques : des Français qui "fuient" les autres Français installés au Canada, des entrepreneurs qui s'evertuent à ne prendre dans leurs rangs que des québécois pur-souche.

Ça ne nous parle pas car le modèle de l'intégration à la française, ce n'est pas le modèle choisi par le Canada !

Au Canada, une nation qui s'est construite autour de l'esprit pionnier, de la cohabitation des nations autochtones, françaises, anglaises, américaines loyalistes, Métis, Irlandaises et les déportations de protestants, on ne pouvait pas appliquer le modèle français. Et d'ailleurs pourquoi l'aurions nous fait ? Nous étions et restons une monarchie constitutionnelle, pire, un État fédéral composés de provinces très différentes les unes des autres, sur un territoire géographique si immense qu'il s'étend sur plus de 5 fuseaux horaires. 

Quel est le modèle d'intégration canadien ? C'est le Multiculturalisme. Ce modèle, finalement assez commun en Amérique du Nord, consiste à reconnaître que la Nation est composée d'un ensemble de groupes ethniques et culturels qui contribuent tous à l'amélioration collective. Bien sûr, on attend des immigrants qu'ils vivent "comme" les Canadiens. Mais on s'attend surtout d'eux qu'ils contribuent à la propérité. Sinon pourquoi sélectionnnerions-nous nos immigrants sur la base de leurs diplômes ?

Les nombreux entrepreneurs, qu'ils soient Chinois, Portuguais, Grecs, Libanais etc. sont les vitrines de leurs communautés respectives. Ils sont aussi les porte-paroles de l'apport de leur communauté à l'économie canadienne. À ce titre, il est légitime de les voir faire des affaires entre eux, se regrouper, pour faire émerger de leur communauté de grandes entreprises. Le cas de l'entreprise Saputo avec la communauté italienne est un bel exemple Montréalais de ce processus. 

Entreprendre au Canada, c'est surtout – et avant tout – comprendre le Canada. Et ce n'est pas une simple étude de marché, une mission commerciale, ou le parachutage d'un cadre dirigeant, qui permettent d'appréhender les différences qui existent entre l'Amérique du Nord et l'Europe. S'appuyer sur ceux qui ont réussi à fracnchir le cap, sur vos paires, est finalement un incontournable. 

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