« Petite chronique boursière  » – Le portefeuille de Larry

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Lorsque l’incertitude s’installe sur les Bourses, comme c’est le cas actuellement, avec des périodes de forte volatilité à la clé, il y a deux manières, pour l’investisseur, de s’intéresser à l’évolution de son portefeuille.

Il peut suivre heure par heure les cours de Bourse, les yeux rivés à son écran, et se poser, comme tant d’autres, de cruciales questions sur la santé de l’économie allemande, sur la qualité de la reprise de l’emploi aux Etats-Unis, sur la situation financière chinoise ou encore sur la fragilité de la classe moyenne dans les pays émergents. Tous ces sujets sont bien entendu légitimes. Mais il est peu vraisemblable que notre investisseur puisse dégager une vue plus correcte sur toutes ces questions que l’actuel consensus et, à imaginer même qu’il y parvienne, qu’il puisse utiliser les résultats de son analyse pour en profiter habilement sur les marchés. En fait, le plus souvent, toutes ces questions engendrent du « bruit », à savoir un épais écran de fumée qui empêche souvent de se poser les bonnes questions.

Une façon plus intelligente d’agir est de prendre de la hauteur. La Bourse ne fait pas que monter : elle peut aussi baisser. A chacun de voir, en pareil moment, quelle est sa véritable tolérance par rapport à ce risque. S’éloigner de la sacro-sainte actualité permet également d’observer comment la Bourse a évolué dans l’histoire pendant de telles périodes troublées. La peur cède-t-elle nécessairement le pas à la panique et faut-il vendre par anticipation ? Quelles conclusions est-il possible de tirer des comportements collectifs et individuels dans de telles périodes de stress ? Ou encore, existe-t-il des moyens de réduire le risque de fortes baisses tout en ne sacrifiant pas l’espérance de rendements intéressants à moyen et long terme ?

Pour l’aider à apporter des réponses à de telles questions, l’investisseur doit délaisser ses quotidiens économiques où les stratégistes de tout poil donnent leur opinions sur les 3 prochains mois boursiers, et partir à la recherche d’experts d’un genre particulier : ceux qui parviennent à combiner de bonnes connaissances en théorie et en pratique financières. Plus exactement, ces experts cherchent à traduire dans la pratique de la gestion de portefeuille ce qui a été mis en avant par la recherche académique. Ils descendent donc de leur tour d’ivoire pour se frotter à la réalité. Et si vous en trouvez qui, de plus, parlent clair sur ces sujets, alors vous ne perdrez pas votre temps à suivre leurs « recommandations ».

Larry Swedroe est de cette espèce-là. C’est le directeur de recherche de BAM Alliance (regroupant des conseillers financiers partout aux Etats-Unis). Vous trouverez ses chroniques, toujours très clairement argumentées, sur des sites comme etf.com, seekingalpha.com ou encore CBSNews. Très vite, vous vous apercevrez qu’il a en tête l’intérêt de l’investisseur et non celui du banquier ou du gestionnaire de fonds. Récemment, il a beaucoup travaillé sur l’élaboration d’un portefeuille (le « Larry Portfolio ») diversifié prometteur en terme de rendements et susceptible d’atténuer le risque de « cygne noir » (le facteur systémique potentiellement dévastateur pour les Bourses, comme ce fut le cas de la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers en 2008). C’est évidemment intéressant par les temps qui courent (mais aussi quand on se croit à l’abri d’une mauvaise surprise car le cygne noir ne prévient pas à l’avance). Au terme de très nombreuses simulations, il est arrivé à la conclusion qu’un portefeuille classique de type « 60% actions et 40% obligations » est moins performant qu’un autre portefeuille de type « 30% actions de petite capitalisation bon marché et 70% obligations ». Ah bon ? Pourtant ce portefeuille 2 ne semble pas correctement diversifié vu qu’il néglige la majeure partie des actions existantes. C’est ici que la recherche académique intervient. La diversification qui importe, selon Swedroe (et je suis d’accord avec lui), c’est celle de l’exposition aux facteurs de risque. Or, avec un portefeuille d’actions de petite capitalisation (« small caps ») bon marché (« value »), vous avez la triple exposition : marché, taille et valorisation. Et si le fonds que vous utilisez  contient un nombre suffisamment élevé de petites actions de ce type, la diversification est parfaite. Sauf, bien entendu, pour ceux qui accordent de l’importance à la minimisation de l’écart (la fameuse « tracking error ») entre l’évolution de l’indice de référence (le CAC40, le S&P500, un indice mondial MSCI, etc. selon l’exposition géographique) et celle des actions du portefeuille. Il est possible que le portefeuille 2 sous-performe pendant 4, 5 ou 6 ans le portefeuille 1 (dont la partie actions suit l’indice de référence). Mais sur 10 ou 15 ans, il sortira très probablement vainqueur : un rendement au moins équivalent et moins de risque.

Cela vaut en tous cas la peine d’essayer.

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur l’ami Larry, je leur conseille l’excellente interview (en anglais) qu’il vient d’accorder à Barry Ritholtz : c’est ici : http://media.bloomberg.com/bb/avfile/Masters_in_Business/vLMItFP9ElhQ.mp3

 

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