Les cornucopiens peuvent-ils nourrir 9 milliards de personnes ?

Gilles MartinPar Gilles Martin (chroniqueur exclusif) – Président-Fondateur du cabinet de conseil en stratégie et management PMP et co-fondateur de Youmeo un innovation Lab et conseil en innovation

Les malthusiens, héritiers de Malthus, sont encore parmi nous : ce sont ceux qui sont convaincus que nous avons déjà excédé, par le nombre d’humains présents ou à venir sur Terre, les capacités d’absorption de la planète. Et que si la population continue de croître, sans contrôle, rien de ce que l’on sera capable d’inventer ne pourra renverser ces effets négatifs : épuisement des ressources naturelles, réchauffement climatique, etc. Seule solution, urgente, nous restreindre, freiner la consommation et la croissance (croissance de la population, croissance économique), et entrer dans la « décroissance ». Pour cela il faudrait contraindre, réguler, interdire, taxer, et qu’un Etat fort nous mette tout ça au pas.

Et puis il y a ceux qui voient de l’abondance partout ; les malthusiens les appellent les « cornucopians » (cornucopiens) : ce sont qui pensent que les innovations technologiques permettront à l’humanité de subvenir éternellement à ses besoins matériels, eux-mêmes considérés comme source de progrès et de développement. Le terme vient du latin cornu copiae, qui signifie corne d’abondance. La croyance des cornucopiens, c’est l’abondance. Mais c’est aussi la liberté : pas besoin d’un Etat autocratique ni de contraintes par des fonctionnaires zélés. C’est l’équilibre des échanges et la créativité des inventeurs qui assurera l’avenir de l’humanité, en changeant le monde, convaincus que la meilleure façon de prédire l’avenir est de le construire soi-même.

C’est ainsi qu’est née la « Singularity University » ( https://su.org/) , il y a dix ans déjà, qui se donne pour mission de permettre aux leaders d’aujourd’hui et de demain d’explorer les opportunités et implications des nouvelles technologies exponentielles (celles de la 4ème Révolution Industrielle), et de se connecter à un écosystème global qui va dessiner notre futur et résoudre tous les problèmes les plus urgents de l’humanité (tels la faim dans le monde, la crise climatique, l’extinction des espèces ou la raréfaction de l’eau et de l’énergie). La singularité technologique, c’est ce moment critique qui approche (estimé vers 2045), grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies, et notamment l’Intelligence Artificielle (I.A), où l’intelligence des machines va dépasser celle des humains, ou du moins contraindre les humains à développer une nouvelle intelligence de l’humain, un nouvel humanisme, pour exister dans ce nouveau monde.  

Pour Peter Diamandis, le fondateur de cette « Singularity University », et auteur d’un ouvrage sur l’abondance qu’il nous prédit, «  Abundance – The future is better than you think », paru en 2012, nous devons nous sortir du pessimisme ambiant dans lequel les médias nous enferment, et regarder le potentiel qui est à notre portée. Pour résoudre tous nos problèmes, les technologies sont déjà là. Exemple : celui du biologiste Craig Venter qui étudie la mise au point de carburants à partir de microalgues. Pour produire un carburant pour avion, ou du diesel, il suffira d’intervenir directement sur l’ADN de ces algues, et le tour est joué. Voilà les problèmes avec le pétrole résolus. Exxon a déjà injecté 300 millions de dollars dans le projet. Depuis, les recherches ont montré qu’il valait peut-être mieux travailler à la création de cellules entièrement synthétiques plutôt que de manipuler des microalgues. Mais Craig Venter ne se décourage pas de trouver.

Autre sujet d’abondance : la consommation de viande, résolue par le développement de viande in-vitro, sans animal. Le process a été développé par la NASA dans les années 90’, à destination des cosmonautes. En 2000, des cellules de poissons rouges ont permis de créer des protéines musculaires comestibles. Dès 2007, la recherche avait suffisamment progressé pour qu’un groupe de scientifiques fondent le « In Vitro Consortium »  qui a permis de débattre des avancées lors des In Vitro Meat Symposiums, dont le dernier en 2019 ( https://www.invitromeat.org/first-vitro-meat-symposium/ ) . Ces progrès permettront ainsi de résoudre les problèmes débattus en ce moment sur le bien-être des animaux. Ces progrès ne permettent pas seulement de nous alimenter en protéines, mais agissent aussi sur les émissions de gaz, réduites en passant à la viande in-vitro. Autre avantage sur la santé, car la viande de vrai bœuf contient des acides gras qui contribuent aux maladies cardio-vasculaires, contrairement à la viande in-vitro.

D’autres signes de développement de l’agriculture sont évoqués : l’aquaculture, les fermes verticales (sur le toit des immeubles, à proximité du lieu de consommation), les smart grids (pour ajuster la consommation d’eau dans les cultures). C’est ainsi que, tous ces progrès mis bout à bout, on peut envisager avec optimisme de pouvoir nourrir 9 milliards d’êtres humains sur la planète, et même de les nourrir mieux.

Alors, les cornucopiens  vont-ils faire taire les malthusiens ?

A suivre.

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