Les éléphants et les puces

Martingilles Par Gilles Martin (chroniqueur exclusif) – Président du cabinet de conseil en stratégie et management PMP

Il y a presque dix ans déjà, Charles Handy, dans « The elephant and the flea » faisait la prédiction d’un monde où il y aurait de plus en plus de puces autour d’éléphants complètement nouveaux. Ce monde, ces éléphants et ces puces, c’est encore le nôtre aujourd’hui, plus que jamais, à l’heure de la mondialisation.

 Les éléphants, ce sont les entreprises traditionnelles, surtout les grandes. Ce sont celles qui n’arrêtent pas de se racheter entre elles, créant ainsi, dans chaque secteur, des groupes mondiaux de plus en plus puissants.

Mais, au fur et à mesure que ces groupes se développent et augmentent leur chiffre d’affaires, les effectifs se réduisent, car de plus en plus de morceaux de l’entreprise sont confiés à des sous-traitants, à des indépendants, à des consultants indépendants ou petites structures.

Dans un tel monde ce qui caractérise les éléphants, c’est la compétition : en concurrence entre eux, les éléphants se combattent pour être le leader sue leur marché ; cette compétition est mondiale.

Ce qui caractérise les puces, ce n’est pas la même compétition, c’est la différence. Pour être repérés, apporter la valeur ajoutée, il ne faut pas être meilleur, il faut être différent. L’individualisme, la diversité, la variété deviennent donc des valeurs stratégiques.

Et comme il y a de plus en plus de puces, elles deviennent des tendances fortes également dans les habitudes de consommation. Cherchant à être différente, le consommateur-puce veut des produits, des services pour lui, et non pas ceux de monsieur tout-le-monde. Et les éléphants qui fabriquent ces produits et services doivent en tenir compte de plus en plus.

Cette tendance pénètre aussi les mentalités des collaborateurs des éléphants. Eux aussi veulent trouver dans leur job l’autonomie, la différence, être considérés comme une personne. Et les organisations des entreprises doivent s’adapter.

Dans ce monde, l’appartenance à une communauté traditionnelle et trop formelle comme « l’entreprise », le « service » dans mon boulot, disparaît. On préfère les communautés que l’on se fabrique soi-même ; voir aujourd’hui les réseaux sociaux qui viennent valider dix ans après les intuitions de Charles Handy.

C’est pourquoi les unités auxquelles on va se sentir appartenir dans les entreprises, y compris les éléphants, sont de plus en plus petites. Idem pour les petites structures de projets. Car pour travailler mieux avec les puces à l’extérieur il faut que les collaborateurs des éléphants prennent, eux aussi, des habitudes de puces.

Passer de la compétition pour être le meilleur, à un fonctionnement où chacun cherche à être différent ne peut que pousser à la créativité et à l’innovation dont a besoin l’économie mondiale pour se développer.

A condition d’inventer aussi de nouvelles formes de coopération et de solidarités entre les puces et les éléphants et de créer de nouveaux modèles de performance.

Un job de puce ou d’éléphant ? Sûrement un peu des deux.

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