L’Histoire de Paul le Salarié !

Steve HaronePar Steve Harone (chroniqueur exclusif) – du-salariat-au-business.com

Ça fait déjà quelques années que Paul veut créer sa boîte.

C’est un salarié modèle, et quand son N+1 a le dos tourné au bureau, il surfe de blogs en sites, pour tenter de glaner quelques infos sur le meilleur moyen de se mettre à son compte.

Avec le temps, il se rend compte qu’il n’y trouve comme souvent que les mêmes dossiers sur le statut du dirigeant, de la SARL ou de l’EURL, et des « avantages » de l’auto-entreprise…il sent bien qu’il n’avance plus, et que son projet « de quitter les chaînes du salariat » a pris du plomb dans l’aile….

Paul est donc âgé d’une trentaine d’années. Enfant, il a bien fait attention de respecter scrupuleusement les conseils de Mme Lepré, sa « maîtresse » au CP-CE1…  « Paul, si tu travailles bien à l’école tu auras un bon métier, et gagnera beaucoup d’argent »… « Paul, fais attention, si tu ne fais pas tes devoirs tu finiras plombier comme Danny»…

Paul a obtenu son bac du 1er coup, et a suivi un long parcours à l’Université….les études générales et longues c’était sûr, c’est le sésame pour s’assurer un « bel avenir » !
Il a enchaîné les stages, souvent non payés, car selon les Guides pour étudiants qu’il achetait malgré sa maigre paye qu’il obtenait au Mc Do, il fallait s’assurer une expérience en béton disaient-ils !!

Pour lui le but ultime, c’était d’avoir un CDI….à l’ANPE et à la TV c’est ce qu’on lui répétait…la voie royale, un emploi stable, un bon job, un mariage et un crédit…il pouvait enfin être l’heureux papa qui roule en Mégane Scénic.

Paul obtient enfin son CDI, avec un salaire ni élevé, ni trop bas, tout juste dans la moyenne.
Quand il parle avec Danny qu’il a retrouvé sur Facebook, il se rend compte que le plombier gagne plus que lui. Que Danny n’a pas perdu son temps. Ça fait 10 ans déjà qu’il met de côté une bonne partie de son salaire et qu’il a un « vrai métier » entre les mains. De plus Danny a pu acheter à temps, bien avant le boum de l’immobilier !

En 2007, on lui a dit qu’il fallait travailler plus pour gagner plus, mais manque de bol pour Paul, il s’est pris une explosion des prix dans la figure. Ses maigres heures sup ne compensent même pas la hausse du coût de la vie.

En plus Paul se fait chier au bureau, il en a marre de se lever tous les matins pour quelqu’un d’autre.
Paul a la sale impression de s’être fait rouler par le système. Tous ces conseils à l’école, dans les « guides pour étudiant » où ont lui promettait des salaires à 52 KE, et tout ce discours de la société pour assurer dans les études, obtenir un diplôme, et aller travailler….il a le sentiment qu’on s’est foutu de sa gueule !

Paul est gêné devant ses parents, sa mère a toujours averti les voisines que son fils serait un jour médecin ou avocat.
Il a honte de dire qu’il a fait tant d’études pour obtenir si peu en retour.

Alors Paul veut changer la donne….il veut créer sa boîte !!

Paul a toujours eu l’âme entrepreneuriale, étudiant il pensait déjà à la vente de canettes fraiches au marché de Sarcelles ou de Muguet le 1er mai.
En plus Paul se fait violence en allant chaque jour au bureau. Il n’arrive plus à se motiver à sa vie de salarié où il surfe comme un malade.
Il sait que son seul moyen de réussir dans la vie, c’est de créer son entreprise.

Il décide alors de dévorer les émissions du dimanche soir sur le Business, il discute avec ses potes (salariés et perdus comme lui) d’une nouvelle idée de création, et squatte régulièrement le rayon « entreprise » des librairies.
Mais son truc à Paul, c’est internet. Chaque seconde qu’il a, chaque répit qu’il obtient au boulot il le passe sur les blogs et autres sites comme « j’entreprends-ma-boite.com ».

Cette fois-ci, c’est bon. Paul ne fera plus les mêmes erreurs qu’il a faites dans sa scolarité.
Paul est décidé à apprendre le business. Il apprend beaucoup de trucs sur les formes sociales, les charges, les statuts, l’auto-entreprise, etc…

Il n’a plus qu’à trouver son idée, et hop il va cartonner. Il se rêve en super homme d’affaires pressé et occupé.
Paul calcule déjà quel sera le statut le plus avantageux pour lui, et combien il se versera de dividendes à la clôture du 1er bilan.
Il s’appliquera à être très à l’écoute de ses interlocuteurs et d’être un gentil partenaire commercial éventuel.

Il confiera toujours son budget à ses interlocuteurs, et sera disposé à payer le prix demandé pour une prestation sans négocier.
En effet, il devra rémunérer rubis sur l’ongle les autres aux justes prix, même quand il se mangera une banane. Il ne voudra surtout pas passer pour un requin.
Il confiera ses sources à ses amis, pour « faire avancer la communauté ».

Il consentira à baisser ses prix pour glaner quelques clients, et même à leur faire l’avance de la prestation, cela est nécessaire selon lui pour se faire ses 1ers clients.
Et puis c’est sûr, ils lui rendront la pareille le tour venu. Il enverra son devis par courrier au lieu de le faire signer sur place car ça ne se fait pas. Il ne comprendra jamais pourquoi tous ses concurrents lui passeront devant !

Quelques années plus tard…son ex « futur associé » qui lui a fait miroiter l’importation de canapés de Chine, par containers entiers de 20 pieds sans avoir le moindre centime de côté, n’a jamais donné suite à son idée mégalomane.

Alors Paul est toujours salarié, et dans la même boîte où il obtient bon an mal an, 15 ou 20 euros d’augmentation pour sa servile obéissance. Même pas de quoi se payer un bon resto.
Paul continue toujours de lire les blogs et autres sites sur le business. Mais il n’a pas fait avancer son projet.

Paul est pris dans le doute une nouvelle fois !

Pourquoi n’arrive-t’il pas à se lancer. Pourquoi n’a-t-il pas la moindre idée valable ? Pourtant il a bien fait son bilan de compétence, il a visité la CCI comme on le lui a conseillé. Il a écrit de nombreux « business plan » et a tenté de valider théoriquement ses ex-idées auprès de son entourage. Il a écrit plein de posts où il posait un tas de questions, y attendant les réponses des pros.
 
Il se demande ce qu’on de plus que lui, les commerçants, et créateurs d’entreprises qu’il côtoie au quotidien. Il reste ébahi devant leur réussite, mais contrairement à ses « amis futurs entrepreneurs » pleins de projets, eux sont bien discrets sur leurs affaires, leur chiffre d’affaires, leurs ventes…

Paul est désespéré, il a peur de finir comme simple employé dans les rouages du salariat…le ventre mou du système qu’il sert aveuglément. Malgré tout ce qu’il a lu sur l’entreprise, les affaires, et les soi-disant conseils et trucs de professionnels, qu’il a pourtant tous bien appliqués, Paul ne peut s’empêcher :

« Qu’ont-ils de plus que moi ? Pourtant ils n’ont pas fait autant d’études…Danny le plombier à son compte, fait 3 fois ma paye bordel !! Je comprends pas…j’assure pas…faut que je m’y mette !! D’ici la fin de l’année faut que je me lance !! »

Alors, Paul continue chaque matin de perpétuer son réveil à 06h00, de prendre le métro, et de tirer la tronche comme tout le monde !

Épilogue de l’Histoire :

Bien que soit grossi le trait concernant notre ami Paul, reconnaissez que dans votre entourage (et peut-être vous-même, allez avouez-le !!) il y a des Paul en puissance. Des salariés qui parlent sans cesse de créer leur entreprise, de se lancer, mais qui faute de savoir s’y prendre n’y arrivent pas.

Quid de Paul ?

Paul malgré ce qu’il a appris, et son envie débordante, ne réussit pas à avancer.
C’est vrai que Paul ne dispose que de 5 ou 6000E, qu’il ne s’y connait pas en affaires qu’il n’a d’ailleurs jamais pratiquées.
Il ne sait pas par où commencer, ni comment trouver la bonne idée.
En plus Paul aimerait (à juste titre) limiter les risques qu’il est susceptible de prendre.

Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Quitter le salariat, créer une entreprise, faire des affaires ne s’apprend pas à l’école.
S’appuyer sur des théories bancales, des concepts boiteux ne peut être d’aucun secours… Il faut définitivement tourner le dos à tout ce qui n’a jamais produit de résultat ni pour Paul ni pour quelqu’un d’autre ! Il faut quelque chose de différent, quelque chose qui marche.

Donc Paul dans tout ça ?

Paul n’a tout simplement pas fait ce qu’il fallait pour que ça marche. C’est cela le problème.
Les belles histoires du dimanche soir sur une des 6 chaînes hertziennes, sont bien jolies mais cela est un raccourci un peu dangereux pour les novices.
On ne résume pas en 15 minutes l’aboutissement de plusieurs années d’efforts, voire d’une vie.
On n’y montre d’ailleurs jamais les échecs d’entrepreneurs, car ce ne serait pas sexy et cela ferait fuir l’audimat.

Paul a simplement retranscrit dans le monde de la création d’entreprise tout ce qu’on lui avait appris à l’école et plus globalement dans le système.

Le résultat: Paul est encore un salarié et tant qu’il n’agira pas différemment il le restera !

Est-ce cuit pour Paul ?

Non, absolument pas…
Mais il doit revoir sa façon d’appréhender les affaires.
Paul a cru qu’on pouvait mener des affaires comme on écrit un Cv et on recherche un emploi.
Il s’est accroché à ses préjugés tenaces sur les affaires…. 1 euro de budget, une auto-entreprise, un Business Plan acheté clé en main, une idée lumineuse qui vous tombe du ciel et hop…à vous le succès.
Paul comme beaucoup d’apprentis créateurs ne s’est pas attaché à l’élément central du business….le Produit !
Il ne s’est pas attelé à le créer effectivement, à le tester réellement, à le confronter aux clients en leur demandant du cash.
D’ailleurs il ne sait pas vendre, et ce ne sont pas les inepties du genre, « serrez fermement la main de votre cible, écoutez attentivement votre interlocuteur, soyez proactif » qui feront de lui un as de la vente.

Là encore Paul est victime de la désinformation qu’on nous sert à tout bout de champ au sujet de l’entreprise.
Ce n’est pas étonnant car ces conseils sont souvent distillés par des théoriciens, des universitaires qui n’ont jamais mis les pieds derrière un comptoir, ou une table de négociation.

Pour finir, que doit faire Paul ?

Lorsque l’on comprend vraiment comment fonctionnent les affaires, il est déjà plus facile de ne pas commettre les erreurs que la plupart des débutants font.
Paul doit se remettre en cause, il doit cesser d’avoir un regard romantique et naïf sur la création d’entreprise.
Il faut en finir avec le politiquement correct en affaire, la théorie, le transparent et les discours creux.
Ce que veulent les salariés comme Paul ce sont des vrais conseils, des vraies infos, de la pratique, des combines et surtout des résultats.

Cela nécessite aussi et surtout une vraie remise en cause, et d’accepter de réapprendre pas mal de choses.
Mais le jeu en vaut la chandelle.

Avant toute chose donc, Paul comme nombre de salariés qui veulent réellement en finir avec le salariat doivent « se reprogrammer », et urgemment appuyer sur la touche RESET !

Et vous, le voulez-vous ?! Répondez en déposant votre commentaire…

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