Petite chronique boursière : « L’incertitude, un mal nécessaire du capitalisme »

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Ainsi, elle est de retour … Qui donc ? La volatilité, pardi ! A la Bourse de New York, l’indice de la volatilité, le Vix, également surnommé l’indice de la peur, faisait un bon spectaculaire en début de semaine dernière après avoir végété durant des mois autour de ses plus bas depuis la crise financière de 2008. D’un jour à l’autre, voire au cours d’une même journée, baisses et hausses, parfois substantielles, se succèdent sur les marchés.

Après le beau temps, celui des bénéfices en hausse des entreprises et du regain de croissance largement non inflationniste de l’économie mondiale, devons-nous nous attendre à la tempête sur les marchés financiers ?

Si aucun scénario ne peut être a priori totalement écarté, la thèse catastrophiste d’un recul fort et durable des Bourses n’est sans doute pas la plus vraisemblable. L’actuel retour progressif à la normalisation des politiques des Banques centrales (relèvement des taux d’intérêt, réduction de leurs interventions sur les marchés) aurait même une vertu certaine : celle de redonner une plus grande place aux mécanismes du système capitaliste au sein duquel la Bourse joue un rôle d’intermédiaire et de financier. Au secteur privé de prendre ses responsabilités en créant des richesses via des investissements au service d’une demande solvable.

Rien d’anormal, dès lors, à voir réapparaître dans un “jeu” plus ouvert, les notions de risque et d’incertitude. Et leur corollaire naturel sur les marchés, à savoir la volatilité des cours, susceptible de connaître de nouveaux pics ces prochains mois.  Car, après une longue période de perfusion monétaire massive de l’économie mondiale, la transition pourrait s’avérer chaotique. De même, un stock important de dettes, tant publiques que privées, complique la donne. Mais l’économie mondiale semble aujourd’hui suffisamment robuste et non sur le point de s’effondrer. Pas de quoi donc inviter expressément les investisseurs à fuir les marchés actions, à condition d’opter pour les marchés raisonnablement valorisés (attention à ne pas accorder trop de place au marché US), d’accepter le risque et de ne pas disposer d’un horizon de placement trop court (disons, moins de 5 ans). Par prudence, je garderais tout de même un assez large volant de cash pour dormir plus tranquillement et profiter de tout “accident” boursier éventuel.

Quoi qu’il en soit, cette transition économique en cours, aux contours encore flous, s’accompagnera probablement de nouvelles secousses sur les marchés. Pour gérer les situations délicates, les sportifs de haut niveau ont recours à des coachs, dont le travail principal est de renforcer le mental de leurs poulains. Les investisseurs, sauf peut-être les plus fortunés, n’ont pas cet avantage. Rare est la “bonne” presse financière, celle qui, en délivrant une information objective et dépassionnée, faisant la part belle aux fondamentaux économiques (et pas seulement aux cours des titres), garde les investisseurs dans le cercle de la raison et les préserve de tout emballement. Dès lors, il revient à chaque investisseur d’user de son esprit critique mais également d’améliorer sa “résilience” en suivant quelques règles de bonne conduite.

En voici trois que je vous encourage à partager :

1.Restez concentré sur les éléments importants que vous pouvez contrôler, à savoir principalement : votre horizon d’investissement, le risque (et donc la volatilité des cours) que vous êtes prêt à assumer et qui peut se gérer par la diversification de vos avoirs, et les coûts de vos placements à minimiser (par exemple, par le recours à des fonds indiciels). Quant au rendement de votre portefeuille, qui vous intéresse naturellement au premier titre, acceptez qu’il suive à court terme un parcours largement indépendant de votre volonté. 

2.Résistez à la tentation de vous tenir sur-informé. Lire, sur la même journée, 10 articles différents relatant la baisse brutale de 5% d’un indice boursier, ou encore garder les yeux fixés sur un écran à scruter la baisse ou la hausse du cours des actions de votre portefeuille sont des comportements qui peuvent fausser votre capacité d’analyse. A cet égard, si vous êtes accro, je vous invite à désinstaller de votre smartphone les applications qui vous donnent l’évolution des cours boursiers en temps réel.

3.A la suite du point précédent, évitez de sur-interpréter les variations de cours journalières et même hebdomadaires. En tirer des conclusions hâtives pour tenter de deviner l’évolution de ces cours les jours suivants vous entraînerait dans de trop fréquentes opérations de trading (achats/ventes) dont vous sortiriez plus que probablement perdant, ne serait-ce que par la multiplication des frais de transaction. Sachez ainsi qu’à très court terme, les humeurs boursières ne sont que rarement rationnelles. Inutile donc d’y accorder trop d’importance.

Ce sont des règles simples mais pas si faciles à respecter. Si vous y arrivez, vous serez assurément plus affûté pour affronter les inévitables fluctuations boursières !

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