L’indépendance se décide, l’autonomie se construit

Rey Patrick Par Patrick Rey (chroniqueur exclusif) - Consultant-formateur, Délégué Régional ITG (Institut du Temps Géré), premier groupe de conseil en portage salarial.

Quelques EPS* en pointe constatent chez leurs salariés “portés” (consultants, experts, formateurs, prestataires, intervenants) une très forte évolution vers l'autonomie. C'est le sens de l'Histoire, avec des besoins nouveaux chez les créateurs de toutes les générations, pas seulement la génération Y. Pour eux, l'individualisation ne conduit pas à l'individualisme, mais à des formes de développement professionnel qu'ils construisent avec leur EPS et leur réseau, de façon collaborative. 

Nous vivons une curieuse époque dans laquelle la génération Y aime vivre dans des tribus, tout en recherchant l'indépendance, alors que la situation économique oblige parfois les jeunes à rester dépendants de leurs parents, pour payer le loyer, ou carrément (re-)vivre chez eux ! Nous vivons une curieuse époque dans laquelle les seniors (ou baby-boomers) qui ont souvent vécu un âge d'or avec une indépendance et une liberté très forte, se retrouvent parfois avec une pression intolérable sur leur envie d'autonomie professionnelle, réduite à peu de choses ! Nous vivons une curieuse époque dans laquelle le cœur des salariés actifs — la génération X — aspire souvent à entreprendre, à créer, à changer le cours des choses !

Au fond, peut-être vivons-nous en réalité une formidable époque dans laquelle ces trois générations se retrouvent dans un besoin d'autonomie qui les amène à vouloir prendre en charge leur avenir personnel et professionnel ! C'est le propos de ce blog d'experts, de témoins et de créateurs qui au fil des chroniques braque le projecteur sur cette envie d'entreprendre à tout âge. C'est aussi ce que je constate en rencontrant des dizaines de personnes chaque mois, avec des métiers bien différents, des projets plus ou moins avancés (parfois pas avancés du tout), mais en majorité mues par l'envie de développer “une certaine indépendance, une capacité d'agir sans avoir recours à autrui”, ou encore “une indépendance vis-à-vis des hiérarchies extérieures”, comme le disent les dictionnaires.

Et ce que m'expriment ces personnes, c'est une forte aspiration à développer un nouveau rapport à l’emploi pouvant aller jusqu'à créer le leur. Toutes ne le décident pas, mais beaucoup veulent profiter d'une fenêtre de tir pour tester une activité sous une autre forme. Le portage salarial peut être un moyen intéressant pour les personnes choisissant l’autonomie professionnelle, d’être de plus en plus demandées pour leur expertise et ainsi d'arriver à l'autonomie financière grâce aux revenus que leur procure leur clientèle.

La démarche est assez différente de celle des auto-entrepreneurs convulsifs, je parle de ceux qui ont décidé avant tout de devenir indépendants. Indépendants, il le sont en terme de statut, puisque le régime qu'il ont choisi est celui du statut des entreprises individuelles. Indépendants, il le sont psychologiquement, puisque souvent très seuls et le ressentant très fort. D'où ce besoin d'accompagnement, de réseau, d'échanges, que l'on voit de plus en plus, par exemple au travers de clubs ou d'espaces dits de “coworking” dans lesquels ils cherchent du lien social, des occasions de rencontres, de coopérations créatives.

Et c'est là que l'autonomie prend tout son sens, rejoignant une définition de nos amis québecois : “Ensemble des habiletés permettant à une personne de se gouverner par ses propres moyens, de s'administrer et de subvenir à ses besoins personnels”. Où l'on voit bien que cet idéal suppose un chemin qui se construit progressivement. Comment construire cette autonomie ? Evidemment pas en restant isolé, mais en étant accompagné, en étant en réseau, en développant l'inter-dépendance entre collègues, confrères, et même concurrents. Passionnante époque, je trouve, qui permet toutes ces nouvelles formes d'emploi, comme la vivent les personnes qui choisissent le parcours de l'autonomie et le construisent en avançant, avec les autres.

L’autonomie professionnelle ne se confond donc pas avec l'indépendance, comme l'illustre cette analogie plaisante : “Si un navire remorque une barque et que les marins de la barque coupent le câble qui les relie au navire, certes ils seront indépendants, mais ils ne seront pas autonomes”. La véritable autonomie est un épanouissement de soi et elle est faite d'inter-dépendances, tout comme la liberté qui se partage avec celle des autres.

(*) EPS = Entreprises de Portage Salarial

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