« Petite chronique boursière  » : Misère, misère ?

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Vous
connaissez la chanson de Coluche ? « Misère, misère, c’est toujours
sur les pauvres gens que tu t’acharnes obstinément. L’argent ne fait pas le
bonheur des pauvres et c’est bien la moindre des choses, etc. etc. ».

C’est
entendu : en ces temps économiquement difficiles, les plus modestes de nos
concitoyens souffrent davantage tandis qu’une petite minorité de personnes,
gros propriétaires d’actifs, continuent de surfer sur la vague de l’opulente
richesse, avec, à la clé, une aggravation des inégalités qui répugne à tant de
Français. (Je vous dis ça comme ça, en passant, moi qui suis Belge …).

Au milieu
de ce constat social navrant, comment se porte notre petit investisseur qui a
misé, depuis une dizaine d’années, sur le CAC 40 ? Est-ce aussi la misère
pour lui ? Pas loin. S’il a investi il y a dix ans, à l’époque où l’indice
des grosses valeurs françaises se situait aux alentours de 3000 points, il n’a
pu compter que sur une appréciation moyenne de ses avoirs d’un peu plus de 1%
par an (et c’est en fait grâce à la remontée de la Bourse depuis le printemps
2012). Même en y ajoutant un rendement sur dividende de 2,5% par an, il ne peut
guère se départir de sa grise mine, l’inflation ayant rogné presque tout du peu
qu’il avait gagné.

N’y
avait-il donc rien à faire ?

Pas tout à
fait.

La Bourse
n’a pas été un long fleuve tranquille durant cette période 2002/12.
Souvenez-vous de la bonne période 2003/07 pendant laquelle le CAC avait plus
que doublé, notamment porté par la bonne santé des actions financières.
Aujourd’hui, on sait qu’il s’agissait d’une « bulle » dans le monde
bancaire international se gavant d’argent bon marché avec, en corollaire, une autre
bulle, celle du secteur immobilier, d’abord américain. Y avait-il moyen de l’éviter,
à savoir de sortir du marché avant l’écroulement de 2008 ? Soyons
honnêtes : c’était extrêmement difficile. Mais un indice aurait dû venir
titiller l’attention de l’investisseur scrupuleux. A cette époque, la majorité
des analystes décrivaient les actions financières comme étant bon marché,
malgré leurs fortes hausses récentes. Ils se basaient en fait sur des bénéfices
qui, eux, ne reposaient que sur du vent (pure spéculation) et donc n’étaient
pas à même de perdurer. Je vous propose de retenir ceci : si vous ne
pouvez expliquer avec des mots pourquoi une action (qui plus est, un secteur
tout entier) est bon marché, c’est qu’il ne l’est sans doute pas. La Bourse
s’était elle-même freinée dans son enthousiasme (puisque par définition, pour
elle, toute action est correctement valorisée alors que les analystes
évoquaient une sous-évaluation) mais n’a pas pu faire l’économie de la
dégringolade quand la crise est intervenue. Après la dégringolade, les niveaux
sacrifiés des Bourses pouvaient tenter ceux qui avaient encore un peu d’argent
à investir. Mais là encore, ce n’était pas si facile dans le contexte : le
système financier international était au bord de l’implosion.

Abandonnons
la piste nationale : n’aurait-il pas été payant pour notre investisseur de
regarder un peu au-delà du CAC 40 ? Si fait ! Un petit passage par le site
du concepteur d’indices boursiers mondiaux MSCI (www.msci.com/products/indices/performance.html)
nous apporte quelques enseignements. Sur 10 ans, les marchés développés
européens (grandes et moyennes capitalisations) ont rapporté en moyenne
annuelle 3,2% (hors dividendes), ce qui est déjà mieux que notre CAC. L’Amérique
du Nord, encore un peu mieux : 3,8% (en EUR et hors dividendes). La palme
revient aux fameux pays émergents : 11,1% (toujours en EUR et hors
dividendes). Mais, me direz-vous, qui s’intéressait aux pays émergents en 2002 ?
Pas grand monde en effet ! Voilà encore une loi précieuse pour
l’investisseur : s’il veut espérer faire de bonnes affaires sans trop de
risques, il doit davantage s’intéresser à ce qui n’est pas médiatisé qu’à ce
qui l’est … Mais vous ne savez pas tout : il y a mieux ! Les 3
chiffres que je viens de citer : 3,2% ; 3,8% et 11,1% correspondent à
des indices pondérés selon la capitalisation des actions qui les constituent
(plus de poids accordé aux actions les plus importantes). Si vous regardez plus
attentivement les indices également pondérés (« equal weighted ») (à
savoir les indices qui considèrent toutes les actions comme d’égale importance),
les chiffres sont meilleurs : 5,7% pour l’Europe ; 7,3% pour
l’Amérique du Nord et 12,8% pour les pays émergents. Ce n’est pas
étonnant : sur longue période, il a été démontré un peu partout que les
indices également pondérés performaient mieux que les indices classiques, les
grandes valeurs étant généralement plus chères que les autres. Et
rappelez-vous, une fois de plus, que ce sont des performances annuelles
moyennes en EUR et avant dividendes.

Bref, voilà
enfin des métriques nettement plus présentables et qui auraient pu rendre le
sourire à notre investisseur national s’il avait regardé, sans capacité particulière
de prévisions, au-delà de son pré carré au cours des dix dernières années.

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