Motiver sans budget !

LionelPar Lionel (contributeur exclusif) – Business consultant

<< Marre de sortir tout le temps de l'argent. Ou de faire du social avec tout le monde. >> Un dirigeant de PME, qui a bien raison

Quels sont les ressorts de vos travailleurs ? Je veux dire les vrais.

L'argent ? Oui et non.

Si l'on suit une grille de management classique, l'on sait que celui-ci comble essentiellement les besoins d'hygiène. Par opposition aux besoins de valeur (termes barbares).

Regardons : l'argent (comme la sécurité des conditions de travail) est indispensable. Mais il ne suffit pas.

Parlons donc de la valeur : ce qui relève d'elle directement, c'est ce qui mobilise l'individu. Il vient travailler, donner de lui-même parce que certes les besoins d'hygiène sont comblés, mais encore et surtout – c'est là la subtilité – parce que l'offre technique, intellectuelle, éthique (juste) et relationnelle que vous lui faites lui convient. Mieux : elle lui fait envie, ce qui est beaucoup, beaucoup plus puissant.

Là où votre offre (à bien distinguer de votre personne au sens strict), bref là où votre offre marque des points, c'est quand elle fait envie : venir "jouer son meilleur tennis" devient – pour le collègue – tout naturel.

Vous êtes chef ? Vous êtes un vendeur. Vous donnez satisfaction, ici à vos troupes.

Quelle idée sous-tend cela ?

L'idée, c'est que les gens sont des personnes : il y a en elles ces gisements inexploités d'attentes, de rêves, d'envies, de pépites qui brillent en mode masqué.

Pourquoi mettre à l'accueil Alban, qui adore classer, ranger, trier les choses ? Pourquoi visser Béatrice sur un siège alors qu'elle rêve de déplacements fréquents ? C'est une base. Plus : c'est vital. Posez à vos collègues de vraies questions (ou mieux, faites-les poser par un tiers, qui "passe bien") : Quelles sont vos attentes ? Et vous verrez que toujours les mêmes choses reviennent : des choses liées à la reconnaissance du travail bien fait (maîtrise technique de quelque chose), ou bien en prise avec les émotions, la gentillesse, la famille, le climat humain, ou bien liées à des valeurs ou des opinions, cachées, méprisées, bafouées, ou encore à l'amusement, au changement, au côté créatif et fou-fou (si nécessaire à des moments), ou encore au respect de la bulle intime et de l'intériorité des personnes. Et pour terminer aux aspirations légitimes de dépassement de soi, de sensations fortes et de compétition. Tout cela existe. Dressez une liste de trente questions portant sur tous ces thèmes, avec des attributs concrets. Exemple : libérer plus de temps pour les enfants, harmoniser le système de virement des payes, faire venir des fleurs tous les mardis, féliciter chaudement l'employé qui s'est surpassé, etc. Voilà pour les questions.

Que faut-il mettre là-dedans ?

Tout. Tout est bon à prendre, de manière bienveillante. Après quoi, valence oblige (subjectivité), la personne – à tête reposée – fait les réponses qui lui sont chères. (Prévoir l'anonymat des résultats.) L'expérience vaut son pesant de bienfaits si le climat économique et humain est serein. (Avant un plan de licenciement, cela semblerait cynique, et pour cause).

Par ailleurs, j'insiste sur le commandement : un bon chef, c'est celui qui sait incarner une intention. Il sait mobiliser l'attention de tous et faire régner une nécessaire concorde. Rien de pire que les entreprises tirées à hue et à dia par une multitude de petits chefs avides d'un hypotétique pré carré.

Ok ?

Une fois que vous avez une cartographie des leviers de motivation des uns et des autres, posez-vous (avec les services concernés) la question du coût. Un bon 20/80 fait des miracles : les 20 % d'euros (ou même moins si vous avez un budget de seulement quelques centaines d'euros – cela s'est déjà vu) qui génèrent 80 % de motivation personnelle. Charge à vous, par la suite, de trancher (vous êtes le chef). Puis, sur le terrain, de colorer les choses, de les individualiser. Evidemment.

Un bon manager, de toute façon, c'est quelqu'un qui passe au moins une minute par jour et par personne (quarante employés ? trois quarts d'heure en tout pour les motiver, c'est moins qu'un briefing classique). Et c'est quelqu'un qui sait, sur le terrain, féliciter les collègues. Les Américains (première puissance économique mondiale) appellent cela : surprendre les employés en flagrant délit de… réussite.

Une bonne boîte, c'est surtout un bon chef.

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