Multiplier son avoir par 150 en 40 ans … Rêve ou réalité ?

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

En papillonnant sur le Net (la chasse aux papillons étant ici une métaphore plus appropriée que celle offerte par les surfeurs musclés de Biarritz), je suis tombé récemment sur un petit article d’un certain Bill Bonner sur le site Dailyreckoning.com. Il est ici : http://dailyreckoning.com/beta-investing-how-to-grow-and-maintain-family-wealth/

Notre ami Bill expliquait qu’après tout, en se posant les bonnes questions, il n’aurait pas été si difficile de multiplier son avoir par 150 (en dollars, hors inflation !) sur les 40 dernières années. Pour ce faire, nul besoin d’identifier à l’avance les bonnes actions : selon lui, ce petit jeu est voué à l’échec vu qu’il est pour le moins ardu de battre le marché sur longue période. Au contraire, plutôt que de rivaliser avec le marché, il aurait fallu poser le bon diagnostic à des moments cruciaux et se contenter de suivre patiemment le marché.

Quels sont ces moments ? Il en dénombre trois. Primo, en 1971, il semblait probable que le découplage de l’or et du dollar allait provoquer une période de forte inflation. Une bonne raison, selon lui, de miser sur l’or. Au début des années 80, Paul Volcker, à la tête de la Federal Reserve américaine, prenait la résolution de combattre l’inflation. Le moment était donc bien choisi de vendre son or pour acheter des actions et des obligations, susceptibles de profiter à plein d’une baisse des taux d’intérêt accompagnant celle de l’inflation. Enfin, en 2000, la surchauffe boursière, alimentée par la bulle technologique, paraissait évidente : le signal était donné de vendre ses actions et de miser plutôt à nouveau sur l’or qui avait été survendu (en baisse de plus de 80% depuis ses plus hauts dans les années 80). Même sans compter sur un timing parfait, investir conformément à ces trois diagnostics permettait en effet de multiplier par 150 son avoir sur 40 ans.

Voilà, vous savez désormais comment faire pour devenir riche et le rester.

Merci, Bill, pour cette édifiante leçon d’histoire financière.

Sauf que …

1 – Il est toujours plus facile de faire son malin en regardant dans le rétroviseur. Mais ce que Bill présente comme des évidences ou des quasi-évidences n’en sont sans doute pas. Par exemple, Paul Volcker aurait pu échouer dans sa tentative de combattre l’inflation, eût-il dû par exemple affronter un nouveau choc pétrolier majeur. Et l’exubérance irrationnelle de la fin des années 90 aurait très bien pu se poursuivre plus avant dans les années 2000, tant il est difficile de prévoir la fin d’un mouvement irrationnel (à la condition supplémentaire qu’il soit réellement irrationnel, ce qu’on ne sait qu’après coup).

2 – Appliquer une telle recette au monde d’aujourd’hui me paraît hautement aléatoire. Je n’ai vécu professionnellement ni les années 70 ni les années 80. Mais le monde est sans doute plus complexe aujourd’hui, étant donné la mondialisation renforcée et la multiplicité des zones d’instabilité majeure (sur les plans économiques, monétaire, voire social). Les réactions mondiales en chaîne d’un événement, disons au Japon ou au Qatar, peuvent être réellement imprévisibles. Est-il si facile d’établir actuellement le bon diagnostic ET d’en tirer les conclusions qui s’imposent en matière d’investissement ? Je ne le crois pas.

3 – Les marchés financiers sont plus réactifs que par le passé : il est probable que les longues périodes de tendance boursière uni-directionnelle soient derrière nous. S’adaptant sur des temps plus courts, les marchés obligent les investisseurs à voir clair plus souvent que trois fois au cours de 40 ans. Ce qui multiplie non pas les rendements mais les occasions de se tromper …

4 – Dans un tel environnement chahuté, la logique du « tout miser sur … », quitte à en infléchir la direction à des moments bien choisis, doit laisser la place à la constitution de portefeuilles diversifiés constitués d’actifs qui auront été analysés et évalués minutieusement. Puisque l’avenir est plus que jamais opaque (et certainement peu reluisant), l’investisseur doit se concentrer sur la valorisation des titres détenus : seuls ceux qui présentent une marge de sécurité suffisante (prix suffisamment inférieur à la valeur, quelle que soient l’évolution de la situation économique) doivent trouver grâce à ses yeux.  

Mais ne soyons pas obtus : si Bill a une boule de cristal infaillible dont il veut nous faire profiter, qu’il soit le bienvenu !

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