Nos entreprises ne sont pas nos entreprises : un conte de Noël

Martingilles Par Gilles Martin (chroniqueur exclusif) – Président du cabinet de conseil en stratégie et management PMP

Entreprendre, créer une entreprise, ou diriger une entreprise, c’est parfois la considérer comme son enfant ; nous l’avons créé, il nous doit tout, donc le pouvoir sur lui est absolu. Je peux en user et en abuser.

Cette posture, que l’on croit être celle du roi, est surtout celle du tyran. C’est Marc-Aurèle qui nous a laissé la formule : « il est d’un tyran de faire le mal et d’entendre dire du bien de lui ; il est d’un roi de faire le bien et d’entendre dire du mal de lui ».

Pourtant, si l’on revient à cette métaphore de l’enfant, rappelons-nous ce beau texte de Khalil Gibran, dans « le prophète » :

« Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés ».Nous pourrions reprendre ces réflexions pour l’entreprise.
Diriger une entreprise, ce n’est pas s’en sentir le propriétaire, c’est la servir.
C’est lui donner la chance de se développer, d’innover, de grandir avec ceux qui grandissent avec elle, et la servent de mieux en mieux.
Chacun à sa place sert ainsi l’entreprise ainsi personnifiée, l’employé, les managers, le dirigeant, et, pourquoi pas, en incluant ceux qui la servent de l’extérieur, les consultants, les fournisseurs, et les clients : tous, nous sommes aux petits soins pour elle, et tous nous avons envie de la projeter le plus loin possible, tous nous sommes son arc.

Cette entreprise ainsi conçue, elle a une identité, des valeurs, une culture, des idées, des façons de faire, qui lui sont propres, qui font sa différence, qui transcendent celles de tous ceux qui l’ont créée, et qui sont passés par elle.
Mais tous ceux qui y sont passés emmènent aussi avec eux de cette entreprise, de sa culture, et en même temps, laissent leurs empreintes dans l’entreprise, qui se fabrique ainsi des souvenirs, une mémoire, une grandeur.
Cette entreprise, elle s’invente aussi, grâce à ceux qui la servent, des traditions. Car cette entreprise, pour développer sa personnalité, ne reprend pas ou ne copie les traditions ancestrales connues de ceux qui viennent d’autres entreprises, mais s’en invente de nouvelles. On connaît ce syndrome du cadre venant d’une entreprise industrielle réputée, et qui arrive dans une nouvelle entreprise avec l’idée de « transposer, inculquer « ce qu’il appelle les « bonnes pratiques », et qui n’y arrive pas parce que l’entreprise se rebelle, avec ses traditions propres. (Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas de temps en temps la transformer).

Ces traditions désignent l’ensemble des pratiques de nature rituelle et symbolique qui sont gouvernées par des règles ouvertement ou tacitement acceptées, et qui permettent d’inculquer des valeurs, des normes, des comportements, par la répétition. On pense au repas de Noël, mais il y a aussi des moments plus subtils, comme une fête particulière, ou un séminaire du personnel ou des cadres, ou aussi des « conventions », un « Talent Campus »,…

Alors, bien sûr, dans une telle entreprise libérée, détachée, de celui ou ceux qui l’ont créée ou la dirigent, avec sa personnalité et son identité, il se passe, et ne se passe pas, certaines choses.

On n’y trouve plus de luttes de pouvoir, de tyrannie des petits chefs, de jalousie, de manque de respect entre les collaborateurs, de mesquineries.
On y parle de respect, d’éthique, de solidarité, de dévouement, de fierté de servir.
Les succès sont comme des présents que l’on fait à l’entreprise.
Les échecs sont des leçons qu’elle nous envoie et qui nous aident à la faire grandir.

Oui, cette entreprise, ça ressemble un peu à un conte de Noël.
Puisque c’est la saison, quel meilleur vœu faire que de souhaiter à chacun de trouver sous le sapin une telle entreprise pour y vivre.
Il suffit peut-être juste d’y croire, et, si nous sommes nombreux à le vouloir et à nous comporter ainsi, le miracle de Noël sera peut-être réalité. Peut-être même que cette entreprise, c’est celle où nous travaillons aujourd’hui. C’est juste une question de regard et d’engagement.
Essayons.

Bon Noël et bonnes fêtes à tous mes lecteurs.
Rendez-vous en 2010.

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