On ne fait pas n’importe quoi ni n’importe comment en portage salarial

 Photo Patrick Rey by JLChaumet 600pixPar Patrick Rey (chroniqueur exclusif) - Consultant-Délégué ITG, premier groupe de conseil en portage salarial.

Les trois parties prenantes de la relation établie par le dispositif du portage salarial aimeraient parfois faire un peu n'importe quoi ou n'importe comment. C'est ce que j'appelle habituellement du "portage canada dry". Si la règlementation* a enfin défini les modalités et les obligations des trois parties, ce n'est pas pour ennuyer les uns ou les autres, mais bien pour éviter toute mauvaise surprise ensuite.

Commençons par les entreprises clientes ayant besoin de la compétence ou expertise d'un professionnel autonome, à qui ce dernier a fait une offre de service ou, dans l'autre sens, à qui l'entreprise a fait une proposition de mission sous forme indépendante. Ces derniers temps, j'ai eu le cas de grandes entreprises qui n'avaient pas encore très bien intégré les principes du portage salarial, particulièrement le service achat, émettant un bon de commande incomplet ou imprécis, jusqu'à "oublier" de nommer le prestataire, comme si la société de portage salarial était une société de service, proposant un CV ou profil d'un de ses consultants portés.

Ces erreurs de forme peuvent se traiter, moyennant un peu de pédagogie et de patience, en attendant que les services achat puissent faire évoluer leur bon de commande spécifique aux prestations de services réalisées en portage salarial. Ceci évitera les "retards à l'allumage" constatés sur certaines missions. Il existe aussi des erreurs de fond, à savoir l'envie ou le secret espoir de confier à un de leur contacts une fonction opérationnelle pour remplacer une personne absente par exemple, alors que le CDD et l'intérim sont fait pour ça.

Avec les personnes cherchant des missions,on devrait avoir plutôt des profils entrepreneurs ou avec un projet de création d'une activité durable de prestation de services aux entreprises. Pourtant, le même type de confusion peut exister, particulièrement lorsqu'elles visent à terme plutôt un job que la création de leur entreprise. Le portage salarial étant justement une "forme hybride d'indépendance sous statut salarié", il est compréhensible que certaines personnes censées être indépendantes sans l'avoir forcément choisi se comportent davantage comme des candidats à un poste, ou des crypto-salariés. Des indépendants ou auto-entrepreneurs ne disent-ils pas quelques fois "mon client m'embauche/me recrute pour une mission/un job" ?

Quant aux entreprises de portage salarial, il y a encore à boire et à manger, la réglementation récente n'ayant pas encore assaini les pratiques commerciales de toute la profession. Pour certaines, la tentation existe de prendre en charge toutes sortes de missions, même si elles sont par exemple des emplois déguisés. Pas facile de conseiller les porteurs de projet et leurs clients, sans donner l'impression d'interférer quelque peu dans la relation commerciale entre les deux. Pas facile non plus d'apporter un vrai service d'accompagnement aux "indépendants portés", pour les aider à développer leur autonomie professionnelle et tester leur motivation et potentiel à créer une activité durable, voire une véritable entreprise ensuite.

Dans la prochaine chronique (17 octobre), les conseils pratiques pour éviter le n'importe comment…

(*) Pour en savoir plus sur cette "nouvelle forme d'emploi atypique", voir la fiche officielle du gouvernement.

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