« Parler business » au Canada

Yann Rousselot-Pailley Par Yann Rousselot-Pailley (chroniqueur exclusif)Present Profit

Plusieurs entrepreneurs français qui tentent l’aventure canadienne sont surpris de voir que l’usage du français dans les affaires est commun, surtout au Québec. Pourtant, bien qu’il s’agisse de la même langue, les codes linguistiques au Canada peuvent varier autant que l’Anglais entre l’Angleterre et les États-Unis. Comment “parler business” avec les canadiens francophones ?

Les anglicismes. 

Bien qu’il puisse sembler à première vue que le français du canada soit jalonné D’anglicismes, il faut se méfier de leur emploi. En fait, tout comme en France, les termes anglais, lorsqu’ils n’ont pas été assimilés par la population, peuvent faire tâche dans le discours, voire faire pédant. Si vous devez utiliser un terme anglais, il font donc s’assurer qu’il est d’usage d’employer ce mot. Or, et c’est là qu’est le drame, l’usage n’a pas consacré les mêmes mots d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. 

Les verbes fiter, matcher, céduler, finaliser, focuser et canceller sont commun chez les canadiens francophones. Mais conjuguer comme s’il s’agissait de verbe de la langue de Molière, peu sont ceux qui remarquent l'anglicisme. Anyway, By the way, Oh My et même Whatever peuvent être clairesemés dans le language. Mais ils sont prononcé en anglais, avec l’accent anglais. Il y a aussi les transpositions d’expressions anglaises : se faire tordre le bras (se faire forcer la main), avoir les pouces verts (avoir la main verte), être supposé faire (être censé faire) et j’en passe…

Par contre, les anglicismes français, comme management, people, parking, shopping, jogging, mailing, low cost, week-end et autres, sont très remarqués par les canadiens, puisqu’ils ne les utilisent pas. De même, les chaîne HiFi, ou les réseau Wifi, avec les “i” prononcé à la française plutôt qu’à l’anglaise “aye” fera grincer des dents le canadien.

Utilisé différemment de l’usage local, l’anglicisme risque d’être un point de déviation de l’attention dans le flux de la conversation entre un interlocuteur français et canadien. Le canadien ne dira rien, ou ne fera que sourire, mais il va cesser de vous écouter pour se dire : “Qu’est ce que les français ont comme anglicismes quand même”, oubliant que c’est peut-être même lui qui a incité le français à en utiliser en sortant sans s’en rendre compte, l’un des siens. 

Les marques et les métiers

Coaching, team-building, consulting, training… les français adorent définir leurs métiers en utilisant la langue anglaise. Ça fait Américain, jeune, dynamique ! Mais voilà, c'est une pratique qui indispose le canadien francophone qui utilise le plus possible des termes vraiment français. Ça fait Européen, distingué, éduqué ! Même les anglophones utilisent des termes français lorsqu’ils veulent montrer que quelque chose est luxueux ou raffiné, ou tout simplement lorsqu’ils veulent montrer qu’ils ont de la classe. 

C’est entre autre pour cela que dans les rues de Montréal, vous verrez autant de commerce au nom bien français. Le plombier “Au bon Tuyau Inc.” n’a aucunement honte de s’appeler ainsi ; en fait pour le canadien ça fait plus chic, et c’est surtout plus clair, que les acronymes des français “S.A.R.L CAPEP” (Je ne sais pas si elle existe… ce n'est qu'un exemple… sans offense donc) 

L’usage de l’anglais

Sur les 450 millions de Nord-Américains, peu sont ceux qui parlent Français. Les Antilles et le Canada en concentrent la grande majorité. Mais ils sont très minoritaires comparés aux anglophones et au hispanophones. L’Anglais reste donc la langue dominante du commerce sur le continent. Les français qui arrivent au Canada avec une maîtrise limitée de la langue anglaise sont donc défavorisés. Il suffit d’analyser le marché de l’emploi pour se rendre compte que les postes ouverts aux personnes bilingues sont plus nombreux. 

Ce bilinguisme est frappant, parmi les canadiens “éduqués”. Dans leurs conversations ils passent de l’anglais au français très rapidement dans la même conversation, parfois même dans la même phrase ! Jugeant plus court ou plus pratique d’exprimer une idée dans une langue ou dans l’autre, ils ne le font pas par snobisme ou pour montrer leur capacité. Ce “switch” est d’ailleurs courant parmi les jeunes professionnels et les anglophones qui maîtrisent le français. 

J'ai un jour participer à une conversation surréaliste dans laquelle les personnes d'un côté de la table parlaient en français et de l'autre en anglais. Le sujet était sensible. Chacun voulait bien exprimer son idée, et le faire dans la langue avec laquelle il était le plus à l'aise. Cette conversation d'une heure au cours de laquelle chacun comprenant l'autre s'exprimait dans une langue différente m'a permis de comprendre qu'au Canada, la langue est plus qu'ailleurs un sujet délicat.  

Conseil

Mieux vaut parler correctement une langue, que mal deux. En arrivant au Canada pour y faire des affaires, si votre anglais n’est pas fonctionnel, optez pour un français chatié. Ce sera beaucoup plus efficace que d’essayer d’imiter les canadiens francophones et de risquer de commettre des erreurs. Si votre anglais est tout juste suffisant pour l’employer au travail, utiliser les termes français proches de l’anglais. Ils donneront un très bel effet avec votre joli accent dont vous n’avez pas à rougir puisqu’en anglais tout le monde à un accent. 

Si vous avez le choix, évitez de donner à votre entreprise un nom qui s’inscrit mal dans le paysage industriel. De toutes façons, si vous avez un établissement au Québec vous serez contraint légalement d’avoir une marque de commerce francophone.   

Enfin, et c’est le plus important, le tutoiement est très commun dans le monde des affaires au Canada. Bien que la politesse exige une certaine période de vouvoiement, celui-ci est généralement limitée à quelques dizaines de minutes par l’usage.

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