« Petite chronique boursière » : Le capital requis, critère souvent oublié

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Le
célèbre investisseur Warren Buffett ne rate jamais l’occasion de le dire :
lorsque vous investissez dans des actions, n’oubliez pas de prendre une vue
d’ensemble de l’entreprise. Ce conseil peut également être inversé : si
vous créez une entreprise et ambitionnez de devenir riche avec celle-ci,
n’oubliez pas de raisonner avec une logique d’actionnaire.

Comment ?

Pour
Buffett, la clé d’une bonne affaire, c’est détenir un avantage concurrentiel à
long terme dans un secteur stable. Si cela s’accompagne d’un bon niveau de
croissance, tant mieux mais même sans cette croissance, le jeu en vaut la
chandelle tant que l’entreprise n’est pas trop gourmande en capitaux. Plus le
capital requis pour faire fonctionner votre entreprise est faible, plus votre
rendement sera élevé.

Et le
« Sage d’Omaha » de donner, dans le dernier rapport annuel de son
groupe Berkshire Hathaway (toujours une saine lecture que je vous recommande),
comme un bon exemple d’une affaire en or, une entreprise de chocolats dénommée
See’s Candy. Buffett a acheté cette entreprise en 1972 pour 25 millions
USD : à l’époque, See’s dégageait un chiffre d’affaires de 30 millions USD
et un bénéfice avant impôts d’un peu moins de 5 millions USD. Le capital
nécessaire pour faire tourner l’entreprise était de 8 millions USD. See’s
réalisait donc un rendement avant impôts sur capital de 60%, performance
appréciable pouvant s’expliquer notamment par de très faibles besoins en fonds
de roulement (les pralines sont payées cash par les clients et les stocks sont
quasi-inexistants). Entre 1972 et 2007, la croissance en volumes a été très
modeste, quelque 2% par an mais les prix ont augmenté. Tant et si bien qu’en
2007, See’s a réalisé un chiffre d’affaires de 383 millions USD et un bénéfice
avant impôts de 82 millions USD. Le capital requis est aujourd’hui de 40
millions USD.

Donc, en
35 ans, seulement 32 (càd 40-8) millions USD ont dû être réinvestis, alors que
sur la même période un montant cumulé de 1,35 milliards USD avant impôts a pu
être dégagé. Outre le paiement des impôts, ces sommes ont pu être utilisées
pour acheter d’autres affaires qui ont prospéré en parallèle. En d’autres termes,
See’s a redistribué à son actionnaire (Buffett) le plantureux cash excédentaire
qui a pu ainsi être investi ailleurs.

La leçon
est claire : tout entrepreneur veillera en priorité à maximiser sa
rentabilité en étant le plus parcimonieux possible du capital requis pour faire
tourner son affaire. A contrario, une mauvaise affaire sera caractérisée par
une croissance rapide, des besoins importants en capitaux et une rentabilité
faible ou inexistante : c’est alors un trou sans fond d’où l’entrepeneur,
tel le Sisyphe de la mythologie grecque, aura du mal à s’extirper
avantageusement.

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