« Petite chronique boursière  » : Le dividende, une valeur sûre ?

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Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Un de mes amis me posait récemment la question suivante : Vincent, je crois savoir que les dividendes sont pour toi un paramètre important pour juger de l’attractivité des actions. Or, la fixation d'un dividende est une décision en partie subjective du management d'une entreprise. Dès lors, comment détermines-tu leur évolution et, en particulier, comment apprécies-tu le risque qu'un dividende puisse être prochainement raboté ?

C’est une très bonne question, ce qui est normal vu que je choisis bien mes amis. En ces temps d'incertitudes économique et boursière, les dividendes revêtent d'ailleurs une importance croissante : c'est un rendement direct et tangible ("un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"). Historiquement, en moyenne, la part du rendement de l'actionnaire constituée par le dividende (par opposition à la plus-value sur le cours de bourse) n'est d'ailleurs pas négligeable. Mais un dividende est-il "soutenable", ç.-à-d. a-t-il de bonnes chances d'être renouvelé, voire sensiblement augmenté, lors du prochain exercice ? Certes, chaque management décide du niveau du dividende à verser (sous réserve de l'approbation, quasi-automatique, par l'assemblée générale). Mais l'analyste financier a des repères.

Il doit d'abord analyser la qualité du bénéfice sur la base duquel le dividende est distribué. Si ce bénéfice résulte d'éléments peu susceptibles d'être reproduits (par exemple, une forte plus-value liée à une cession d'actif), alors le dividende ne sera probablement pas reconduit à ce niveau. L’évolution récente du cash flow est aussi à considérer : par exemple, un bénéfice qui a été généré en aggravant le besoin en fonds de roulement (multiplication des stocks ou des créances clients) n’est pas de grande qualité, ce qui pourrait fragiliser l’évolution du dividende. En prenant un peu de hauteur et en osant une généralisation, disons que, à long terme, l'évolution du dividende doit suivre celle du bénéfice. La prévision des bénéfices (hors éléments non récurrents) est donc un bon point de départ pour celle des dividendes.

Ensuite, l'historique des distributions de dividendes peut aussi aider : si, dans les périodes difficiles antérieures, le dividende n'a pas été coupé, la probabilité augmente qu'il en soit de même cette fois-ci, surtout si son évolution a été régulière et modérée. A l'inverse, un dividende qui, sur les dernières années, a grimpé trop rapidement (par rapport à l'évolution parallèle du bénéfice) est souvent fragile : la marge de manœuvre du management peut s'en trouver limitée car il doit également utiliser le bénéfice à d'autres fins (rembourser la dette, investir, constituer une trésorerie de sécurité). A cet égard, la part du bénéfice distribuée sous forme de dividende (en anglais, le pay-out ratio, soit le dividende par action divisé par le bénéfice par action) est cruciale : plus ce ratio est élevé et plus le management est susceptible de freiner l'évolution du dividende ou de le couper en cas de difficultés. Par exemple, le dividende de L'Oréal a progressé rapidement ces dernières années pour représenter aujourd'hui près de la moitié du bénéfice par action : un niveau suffisant, selon nous, vu les défis qui attendent le groupe.

Autre élément important, le remboursement de la dette est, pour une entreprise, un impératif qui passe avant la distribution d'un dividende : donc, une entreprise très endettée peut, surtout en période de crise, être amenée à réduire ou annuler un dividende pour satisfaire à cette exigence. Ce qui est le plus souvent accueilli négativement par la Bourse.

Enfin, le rendement même du dividende, soit le rapport entre le dividende par action et le cours de bourse, peut aussi être une indication : si ce rendement est très élevé (en tous cas au-delà de 5 ou 6%), alors attention : il est très possible que la Bourse ne croit pas dans le maintien d'un dividende de ce niveau ; et, le plus souvent, la suite des événements lui donne raison. Ainsi, par exemple, l'action General Motors présentait un rendement sur dividende de 5% pour un cours de 40 USD fin 2004 : aujourd'hui, plus question de dividende alors que le cours a été ramené à quelque… 2 USD.

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