« Petite chronique boursière » : Ce sera pire la prochaine fois

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Ce ne fut pas la fin du monde. Et les contempteurs du capitalisme ont dû remiser, au moins pour un temps, leur (vieux) rêve du Grand Soir.

Et pourtant …

Et pourtant, que n’a-t-on pas entendu sur cette crise financière (dite des « subprimes »), « la plus grave depuis la crise de 1929 » ? Le système financier mondial était, nous a-t-on dit, au bord du gouffre. En septembre 2008, la faillite d’une banque d’affaires américaine, Lehman Brothers, allait avoir des répercussions « systémiques » telles que la catastrophe globale était inévitable. Les banques étaient devenues des viviers de voyous irresponsables de part et d’autre de l’Atlantique : par exemple, Goldman Sachs jouait contre l’intérêt de ses clients et la Société Générale n’avait pu déceler à temps les agissements criminels d’un Jérôme Kerviel. Les Bourses tanguaient dangereusement, fragilisées par une incertitude économique d’un niveau inconnu jusqu’alors et par des faiblesses structurelles laissant présager des « flash crashs » à répétition. Pour sauver l’essentiel, les Etats sont venus à la rescousse dépensant sans compter l’argent qu’ils n’avaient pas. Ce qui a mis en lumière la situation désastreuse de certains pays européens comme la Grèce ou l’Irlande et, par ricochet, ce qui a mis l’euro sous une pression extrême

Etc. etc. …

Mais le système a survécu. A chaque fois, des hommes (et sans doute des femmes, ne soyons pas sexistes), n’écoutant que leur courage et leur sens de l’intérêt collectif (qui en douterait ?), ont travaillé d’arrache-pied, week-end après week-end (vous avez remarqué que tout se joue toujours le week-end ?), pour sauver du désastre un monde menacé d’écroulement.

Que penser de tout cela ?

Mon opinion : la crise financière était bel et bien grave mais, complices de circonstance, les média et certains acteurs financiers voire politiques, flairant l’aubaine, en ont surjoué la partition dramatique. La crise s’est déroulée devant nos yeux comme un spectacle digne de Hollywood avec, aux moments bien choisis, les frissons d’angoisse et les soupirs de soulagement. Même s’ils n’étaient déjà plus des jeunes premiers, les super-héros avaient le sourire Pepsodent (Nicolas Sarkozy au G20 et, bien entendu, l’incontournable et universel Barack Obama, « The One », tous deux aujourd’hui contestés par leur électorat). Quant aux oscarisables méchants, ils étaient livrés à la vindicte populaire (les banques, Madoff, Kerviel et ses copains traders, le FMI de Dominique Strauss Khan, et bien d’autres). 

L’impression d’anesthésiante irréalité qui se dégage de ce spectacle aura des répercussions dangereuses à moyen terme. Les leçons ne sont pas suffisamment tirées : mieux réguler le système s’avère une tâche quasi-impossible et les banques, aujourd’hui, sont à bien des égards, encore plus puissantes qu’hier et donc encore davantage « too big to fail ». Bonus et salaires extravagants sont de retour à Wall Street. Comment par ailleurs ne pas imaginer que ce qu’un Kerviel sans grand pouvoir a réussi à faire hier ne pourra pas être aggravé demain par quelqu’un de plus malin que lui ? De nouvelles bulles sont en cours de formation (le marché obligataire américain, l’or, les pays émergents) avec, là encore, des risques de déstabilisation d’un système économique et monétaire mondial déjà bien perturbé, à l’image du marché des changes. La prochaine secousse n’est sans doute pas très éloignée. Prisonniers de l’émotion instantanée, les investisseurs ne s’en préoccupent guère : il y a fort à craindre que la robustesse dont a finalement fait preuve le système lors de la crise de 2008 ne les aveugle quant à la violence de ce qui les attend. Et quand la complaisance fait place à la panique, les dégâts sont monstrueux. D’autant que, la prochaine fois, avec des caisses publiques vides, les plans B ne seront pas légion.

Laissons le mot de la fin à Cliff Asness, un des plus talentueux gérants de fonds américains (AQR Capital Management) : « Vous devez penser au scénario du pire ; aucun modèle ne vous mettra à l’abri. Ma règle de base est de prendre en compte le double de la pire situation que vous ayez jamais connue ». 

Gloups !

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