« Petite chronique boursière  » : Covid-19 : un impact sur 40 ans ?

« Petite chronique boursière  » : Covid-19 : un impact sur 40 ans ?

Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Si vous n’êtes pas requis à l’extérieur  pour des tâches essentielles (en tant que “premier de corvée”), vous êtes confiné chez vous, sans doute en télétravail ou en chômage partiel. Vous avez subi une adaptation radicale et brutale de votre mode vie avec, pour principale priorité, votre santé et celle de vos proches. Tout le monde est logé à la même enseigne.

Le Covid-19 est devenu en quelque semaines l’alpha et l’oméga de nos existences. Pas un journal, pas une émission de télévision, pas une discussion en famille, entre amis ou entre collègues (dans les deux derniers cas, à distance, bien évidemment) sans que ce virus ne soit au centre des sujets traités.

Mais, pour le moment, au-delà de l’évidence de la survie au quotidien et de la mobilisation du personnel soignant, les questions abordées concernent les prochains jours, voire les prochains semaines ou mois, tout au plus. Quand et comment mettre en place le déconfinement ? Quand espérer, après un vaccin (?), un retour à la normale de la vie économique et sociale ?

Dans les milieux économiques et financiers, si beaucoup tentent de chiffrer l’impact de cette crise sur le PIB et les finances publiques sur l’année en cours et peut-être sur la suivante, d’autres cherchent déjà à discerner ce que cet événement “disruptif” pourrait laisser comme séquelles à plus long terme.

Ainsi, une intéressante étude issue de l’Université de Californie (1) se penche sur les effets à long terme de 12 pandémies historiques (depuis le XIVe siècle et ayant fait au moins 100000 morts). Bien entendu, les situations ne sont pas toujours comparables. Notamment, l’actuelle pandémie frappe principalement les personnes âgées et/ou à la santé défaillante (via les fameux facteurs de co-morbidité) alors que, dans l’histoire, nombre de séquences ont largement décimé des populations plus jeunes et robustes et donc économiquement actives. Il n’empêche : n’en déplaise aux matheux, l’économie reste une science humaine en ce que c’est l’Homme qui décide de l’affectation des ressources, de la production et de la consommation des biens et des services. Et si la technologie (et partant, la productivité) évolue, la nature humaine, elle, change finalement assez peu à travers les âges. C’est pourquoi, mutatis mutandis, l’expérience historique peut aider à appréhender la suite.

Que nous apprend donc l’histoire ?

Contrairement aux guerres, qui se caractérisent par des destructions massives requérant, à l’issue des combats, des investissements tout aussi considérables, les pandémies débouchent sur des situations de relatif immobilisme dont les effets peuvent se prolonger sur … 40 ans. Les populations, après avoir craint pour leur vie, sont plutôt frileuses, cherchant avant tout à épargner et rejetant le risque. Les investissements sont plus rares et les taux d’intérêt restent durablement faibles, ce qui permet aux gouvernements de garder la main en absorbant plus facilement le surplus d’endettement lié à la crise.

Ces quelques conclusions rapidement esquissées trouvent déjà des échos dans la situation actuelle, du moins en Europe. Ainsi, l’acceptation rapide des récentes mesures de confinement (se doublant souvent d’une demande de mesures encore plus radicales), pourtant a priori à l’exact opposé de nos principes fondamentaux (liberté individuelle et responsabilité), est assez sidérante, alors que d’autres pays (Asie) ont fait un choix différent et, semble-t-il, plus efficace . De même, les appels à plus d’”Etat stratège”, jugé plus protecteur quoique potentiellement plus déresponsabilisant , vont dans le sens d’une population de plus en plus frileuse, moins apte à prendre des risques et à innover. Cela peut passer, une fois la crise derrière nous. Mais un éventuel regain de la pandémie dans quelques mois, à défaut d’un vaccin universellement prodigué, serait particulièrement délétère. A terme, cela donnerait un Etat tentaculaire (surendetté et hyper bureaucratique) et une croissance économique anémiée (les perspectives n’étaient déjà pas fantastiques). Reste, chez certain, un espoir qui n’est d’ailleurs pas nécessairement antinomique avec ce tableau : transformer le traumatisme de l’épisode pandémique en motivation pour concrétiser, cette fois pour de bon, la transition énergétique censée “sauver la planète et le climat”. Après avoir vaincu la pandémie, pourquoi ne pas vaincre le déréglement climatique avec la même détermination ? Une peur chasse l’autre.

Serait-ce suffisant pour entraîner l’économie mondiale dans une nouvelle phase de croissance ? Rien n’est moins sûr. Mais les partisans de l’investissement durable y trouveraient du baume au coeur. Et si la thématique de la finance verte a cédé la place ces dernières semaines aux conséquences économiques et financières de la pandémie à la une de la presse spécialisée, elle pourrait bien regagner quelques faveurs à moyen terme.

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