« Petite chronique boursière » : Emporté par la foule …

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Régulièrement, ces derniers mois, je vous
ai donné mon sentiment sur l’évolution des marchés boursiers dans la crise.
L’actualité chargée de ces dernières semaines avec son cortège de réactions
négatives en Bourse m’enjoint de poursuivre cet exercice. Attention : l’artiste
(car la finance est autant un art qu’une science) travaille toujours sans
filet !

Après les tumultueuses périodes de
septembre 2008 (faillite de Lehman Brothers et fragilisation de tout le secteur
bancaire mondial) et de mars 2009 (craintes de récession dure et longue), nous
revoici en effet plongés dans le chaos. A partir de l’épisode grec, le
décrochage brutal de l’euro et les doutes sur l’avenir économique et politique
de l’Eurozone en sont à l’origine avec, une nouvelle fois, les banques au
centre de toutes les attentions.

Qu’une crise financière majeure, telle que
celle que nous avons traversée, se transforme en une crise des dettes souveraines
n’est guère une surprise. L’Histoire nous l’enseigne à l’envi. Ce qui est
davantage déstabilisant, c’est la vitesse à laquelle la fragilité de l’Europe
s’est révélée sur fond d’incompétences politiques et d’égoïsmes nationaux. Or,
malgré tout ce qui est publié sur le dynamisme des pays émergents, Chine,
Brésil et Inde en tête, l’Europe reste une pierre angulaire incontournable de
tout redressement économique mondial. Même sans évoquer une nouvelle crise bancaire
de grande ampleur, l’économie mondiale, loin de poursuivre un redressement
entamé ces derniers mois, pourrait replonger dans la récession si l’Europe ne
tient pas son rang.

Pas étonnant dès lors que les investisseurs
soient désorientés : incertitudes et peurs reviennent à la surface !

Comment se positionner aujourd’hui dans un
tel contexte ?

  1. Prendre un peu de hauteur sur l’actualité immédiate : il
    s’agit à la fois de ne pas se laisser « bêtement » emporter par
    la foule pessimiste et de ne pas se précipiter pour acheter n’importe quoi.
    Les Bourses ont certes accusé un recul sérieux (à titre d’indication, au
    25 mai, le CAC 40, à un niveau de quelque 3300 points, a abandonné près de
    20% depuis ses plus hauts de janvier et avril). Mais les niveaux
    particulièrement bas de mars 2009 (avec un CAC 40 à 2500 points), époque à
    laquelle les Bourses étaient réellement bon marché, ne sont pas encore en
    vue.
  1. Néanmoins le chasseur de bonnes affaires peut à nouveau fixer
    le viseur sur son fusil. Si vous avez constitué , au fil des derniers
    soubresauts boursiers, des dossiers sur les actions « susceptibles-d’être-achetées-si-les
    cours-étaient-plus-bas », rouvrez-les et examinez-en à nouveau le
    bien-fondé. En particulier, ces entreprises présentent-elles une bonne
    aptitude à résister aux chocs macro-économiques ? Car, n’en doutez
    pas : l’avenir restera chaotique. Elément positif, la volatilité des
    cours doit titiller votre sens de l’opportunisme.
  1. Méfiez-vous des raisonnements simplistes. Exemple : alors
    que les économies des pays développés devraient rester largement atones
    pour un bon bout de temps, l’action de telle entreprise serait intéressante
    du simple fait que ce groupe investit beaucoup dans les pays émergents,
    zone de forte croissance encore pour plusieurs années. Sachez qu’investir
    dans un pays émergent, même à gros potentiel, n’est pas synonyme de succès
    assuré pour une entreprise. Voyez par exemple l’incursion manquée en Inde
    de Vodafone, premier groupe de mobilophonie mondial : le britannique
    a dû revoir ses ambitions à la baisse sur fond de concurrence féroce (et
    donc de guerre des prix impitoyable) sur ce marché pourtant en plein
    essor.
  1. Une fois vos décisions d’investissement prises, ne soyez pas
    trop pressés de changer votre fusil d’épaule. Laissez la situation se
    décanter. Sans nier la gravité des événements en cours, il est peu
    probable que la fin du monde soit pour tout de suite ! Si vos
    analyses sont pertinentes à la base, la patience devrait être votre
    principale alliée. Bien entendu, ne rechignez pas devant tout pragmatisme :
    si vous réalisez un gain qui vous semble trop beau pour durer, vendez …

Mais pourquoi, me direz-vous, se lancer
dans l’aventure boursière en pleine tempête ? Tout simplement parce que,
lorsque l’émotivité des investisseurs entre en jeu et donc lorsque les marchés
boursiers sont moins efficients, le petit actionnaire peut détecter plus
facilement des opportunités intéressantes. En périodes plus calmes, les
professionnels laissent moins de grain à moudre.   

A vos calculettes et bonne chasse !

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