Petite chronique boursière : Gestion passive ou poussive ?

Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Vous pensiez que la finance n’avait rien à voir avec le marketing ?

Détrompez vous ! Voici l’histoire d’une innovation (relative) qui a profité aux petits investisseurs (et qui leur profite toujours d’ailleurs dans sa version de base) mais qui a si bien marché qu’elle a fini par engendrer un monstre …

Ces dernières années, en effet, il y a eu tout lieu de se réjouir du développement de l’offre des fonds indicés, dits ETF (“Exchange Traded Funds”) car cotés en Bourse. Ils combinent en effet le double avantage de répliquer l’évolution des principaux indices boursiers et d’être commercialisés avec des frais réduits. Non pas que ces indices boursiers (comme le CAC40 français ou le S&P500 américain) aient été pensés à l’origine avec un objectif de placement. Mais force est de reconnaître que les fonds cherchant à s’écarter des indices sont le plus souvent plus chers et moins performants.

Les succès croissants de cette gestion dite “passive” ont amené les concepteurs d’indices à en inventer toujours plus : un récent recensement dénombre pas moins de 3,7 … millions d’indices de par le monde. La Bourse est mise à toutes les sauces : sectorielle et sous-sectorielle, environnementale, sociale, … Tel sous-secteur, comme le marché des animaux de compagnie, semble populaire ? Alors, un indice et, à sa suite, un ETF est créé. La préservation de la planète intéresse tout le monde ?  Pas de soucis : des ETF investissant dans des entreprises présentées, à tort ou à raison, comme sensibles à cette question voient le jour, au niveau mondial, régional ou national. Les styles de gestion sont aussi passés au crible. Certaines études, présentées comme sérieuses car “académiques”, laissent accroire qu’il est possible de faire aisément mieux que la Bourse au moyen de stratégies quantitatives toujours plus complexes ? Voici des ETF présentés comme “stratégiques”, “dynamiques” et/ou “multi-facteurs”. Ce qui n’est pas dit, vous l’imaginez bien, c’est que la majorité de ces résultats remarquables ont été “découverts” grâce à des manipulations statistiques (“data mining”, qui est l’art de faire dire aux chiffres ce que l’on veut à force de les triturer dans tous les sens) . Ce qui signifie qu’ils sont très difficilement réplicables à l’avenir ou alors seulement par chance. Une vérité d’autant mieux étouffée que rares sont ceux qui y comprennent réellement quelque chose …

Ne vous y trompez donc pas. Derrière leur apparence de sophistication, ces ETF répondent avant tout à des objectifs marketing. Il s’agit de susciter l’intérêt et de flatter l’égo de l’investisseur en lui présentant des produits qui sortent du lot : “Ce n’est pas Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui investirait là-dedans !”. Bien entendu, leur complexité est aussi un prétexte à un retour de frais plus élevés que pour les produits de base. Et, dans bien des cas, leur durée de vie est courte : les modes changent vite sur les marchés financiers et il n’est pas pas rare qu’un produit lancé quelques trimestres auparavant soit sorti de la cote par manque de liquidité. L’investisseur aura-t-il tout de même profité entretemps de rendements plus élevés ? Évidemment que non ! Il pourra toujours retenter sa chance avec le nouvel ETF miracle tout juste sorti du four …    

 

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