« Petite chronique boursière » : Inévitable volatilité

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Alors que les Bourses mondiales restent chahutées, je poursuis ici ma précédente réflexion sur le risque. Ma précédente chronique distinguait deux types de risque : la volatilité et la perte en capital.

Revenons ici au concept de volatilité. Il serait tentant de croire qu’un investisseur omniscient, capable de prévoir à l’avance, sur longue période, les 10% d’actions qui performeront le mieux au cours des 5 années suivantes, échapperait en large partie à la volatilité. Est-ce bien exact ? En fait, non !

L’excellent Wesley R. Gray qui tient le blog.alphaarchitect.com démontre en effet que sur la période allant de 1927 à 2009, un investisseur qui aurait fait montre d’une aussi remarquable clairvoyance aurait également dû avoir l’estomac bien accroché. Considérons donc, sur cette période, une succession de portefeuilles établis tous les 5 ans et comprenant les 50 grandes actions américaines (parmi les actions du S&P 500) qui performeront le mieux au cours des 5 années suivantes. L’hypothèse qui est faite est que cet investisseur ne se trompera jamais sur ce point : il gardera donc toute sa tête même lorsqu’il sera centenaire ! Quel est le constat ? Le rendement moyen (dividendes compris) en dollars s’élève à pas moins de 28,9% contre un rendement moyen pour l’indice S&P500 de 9,6%. Trois fois mieux que l’indice donc ! Mitigeons notre enthousiasme en abordant la question du risque. Quelle aurait été la baisse maximale du portefeuille au cours d’une de ces sous-périodes de 5 ans ? Près de 76% de juillet 1929 à mai 1932 !!! OK, me direz-vous, c’est de l’histoire ancienne. Hum … De juin 2008 à février 2009, la baisse fut de 42% et d’avril 2000 à mars 2001, elle fut de 34%. Rappelez-vous, nous parlons ici des actions les plus performantes sur les périodes considérées de 5 ans. Aucun lecteur de cette chronique n’est sans doute en situation de dire comment il s’est comporté en 1929. Par contre, si vous avez traversé la crise de 2008/09 ou celle de 2000/01, pouvez-vous affirmer que vos décisions ont été judicieuses ? N’avez-vous rien vendu au pire moment ? Wesley a réitéré l’exercice en combinant l’achat systématique tous les 5 ans des 50 actions les plus performantes avec la vente à découvert des 50 actions les moins performantes. Sans surprise, la performance est encore meilleure : 39,7% en moyenne ! Quid de la volatilité ? Elle est toujours bien présente. Après une chute maximale de 70% entre juillet 1932 et juin 1933, l’investisseur aurait eu à subir, parmi les corrections récentes, une baisse de 55% entre mars 2009 et septembre 2009 ou encore une baisse de 49% entre octobre 2002 et janvier 2004.

La volatilité est donc inévitable, même avec une totale clairvoyance à long terme tous le 5 ans. (Ce qui n’est évidemment pas réaliste !). Il n’est ici question de perte définitive que pour celui qui paniquerait ou pour celui qui aurait investi à court terme.

Retenez ceci : sauf si vous êtes un trader hors du commun, vous n’échapperez pas aux corrections brutales du marché. Le plus souvent, dans ces cas, ces secousses sont, au moins en partie, irrationnelles (exagérées – tout comme d’ailleurs, les fortes hausses qui les ont généralement précédées, mais ces dernières frappent moins les esprits). N’empruntez donc jamais d’argent pour investir en Bourse : un mauvais timing pourrait en effet vous être fatal. Et, une nouvelle fois, plus votre stratégie d’investissement s’inscrit dans le temps long, plus vous « lisserez » les effets négatifs des mauvaises passes.

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