« Petite chronique boursière  » : La Bourse aux faux-semblants

Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Investir en Bourse est un parcours truffé d’embûches. Bien que, sur le long terme, les actions soient orientées à la hausse (du moins jusqu’ici, sur une base historique), leur trajectoire est régulièrement saccadée, avec, de temps à autre, de fortes hausses et de fortes baisses. Pour affronter ces situations, l’investisseur doit avoir un mental à tout épreuve. Ce qui revient pour lui à ne pas dévier de sa ligne (sa stratégie d’investissement), même si elle n’a pas donné récemment les résultats espérés.

C’est déjà difficile. Mais encore faut-il voir clair sur toute une série de considérations “techniques”, d’aspect souvent anodin mais qui n’en constituent pas moins des sources de malentendus, voire des pièges à éviter car potentiellement destructeurs de rendements.

Passons-en 3 en rapide revue.

1 – Imaginons un investisseur qui s’intéresse au Royaume-Uni et au feuilleton à répétition qu’est le Brexit. Supposons qu’au terme d’une analyse sur la situation du pays, il parvienne à la conclusion que l’économie britannique n’est pas dans une situation aussi grave que généralement présentée dans les médias. (Ce raisonnement est fictif et ne constitue pas nécessairement mon opinion). Il pourrait dès lors être tenté d’investir en actions britanniques pour profiter des perspectives économiques locales. Et voici le piège qui l’attend : une sicav classique d’actions britanniques, toute tentante qu’elle soit, ne conviendra pas dans ce cas. Pourquoi ? Tout simplement parce que les grandes entreprises britanniques dont les actions constituent le FTSE 100 (l’indice de base de la Bourse londonienne) ne réalisent qu’une faible proportion de leurs chiffres d’affaires au Royaume-Uni (quelque 22% seulement). Pour ce qui est du CAC40 français, c’est pire : seulement 17% du CA des grandes entreprises françaises proviennent de l’Hexagone. Que faire ? Privilégier si possible des actions et des sicav d’actions de plus petite capitalisation : en moyenne, l’activité de telles entreprises est plus tournée sur le marché local.

2 – Une fois qu’il a bien ciblé ce qu’il veut, notre investisseur pourrait être naturellement tenté d’opter pour des actions généreuses en dividendes, surtout dans l’environnement actuel marqué par des taux d’intérêt particulièrement bas. Et ici aussi, attention ! Certes, les dividendes sont souvent le signe d’une saine gestion d’entreprise. Mais n’oublions pas que, techniquement, le dividende ne crée pas de richesse en tant que tel. Une action qui cote à 100 EUR passera , ceteris paribus, à 97 EUR après le détachement et le paiement d’un dividende de 3 EUR. Et sur ce dividende de 3 EUR, l’investisseur paiera des taxes et des frais. Enfin, choisir des actions pour leur rendement attendu élevé du dividende (parfois aux alentours de 10%, voire plus, sur la base du dernier dividende payé), ce n’est pas une bonne solution. Très souvent, de tels rendements indiquent des dossiers particulièrement risqués : les dividendes sont finalement effectivement distribués à des niveaux plus bas qu’attendu et les cours des actions peuvent baisser significativement.

3 – L’investisseur est-il enfin au bout de ses peines ? Pas tout à fait ! Car il peut être tenté de payer trop cher pour son investissement. C’est notamment le cas lorsqu’il se laisse séduire par le marketing d’un fonds géré activement (à savoir qui s’écarte de l’indice de référence). Très souvent un tel fond se paie plus cher (en termes de frais d’entrée et de gestion) qu’un produit suivant l’indice (ETF). Très régulièrement, les études menées montrent pourtant qu’il ne sert à rien de vouloir jouer au plus malin en pratiquant du “stock picking” (choix délibéré d’actions hors considération de l’indice). Sur la décennie menant à 2017, Better Finance a calculé que les investisseurs européens n’avaient que 0,11% de chance de choisir un fond qui a surperformé son indice sur cette période. Pire : plus les fonds sont chers et plus ils sous-performent en moyenne ! De quoi perdre en frais divers jusqu’à 25% du rendement obtenu avec le produit le moins cher …    

On le voit bien : en Bourse, la vigilance n’est pas un luxe car les évidences sont souvent trompeuses. Raison de plus pour ne pas vous précipiter et considérer tous les aspects d’un placement avant d’y placer votre épargne …      

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