« Petite chronique boursière  » – La dangereuse obsession du rendement

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

A force de vous l’entendre répéter et de le lire à la une de tous vos magazines et quotidiens financiers, voilà une évidence qui n’a pas dû vous échapper : les comptes d’épargne et les obligations d’Etat ne rapportent presque plus rien. En Allemagne, les obligations d’Etat à 10 ans avoisinent les 0,2% de rendement annuel (au 31 mars, date à laquelle j’écris cette chronique). En France, c’est un peu mieux mais certainement pas mirobolant : aux alentours de 0,5%.

Qu’est-ce que cela signifie ? L’argent ne rapporte plus rien (à des échéances plus courtes, il coûte même, avec des taux négatifs) du fait de la politique très accommodante des banques centrales. Dans un environnement de très faible inflation, elles espèrent stimuler ainsi l’activité qui reste languissante dans les économies développées, quelque 7 ans après la crise financière.

Premier constat : la faiblesse des taux d’intérêt est contrebalancée par la faiblesse de l’inflation (du moins comme elle est calculée aujourd’hui, à savoir par exemple hors évolution des prix immobiliers). A d’autres périodes, les produits à revenus fixes rapportaient nettement plus nominalement mais le pouvoir d’achat était impacté par une inflation plus forte. En termes réels (hors inflation donc), la situation actuelle est déjà nettement moins étrange.

Il n’empêche que les épargnants ont actuellement tendance à rechercher davantage de rendement et donc à prendre un peu plus de risque. Sceptiques à l’égard d’obligations plus juteuses (qui oserait investir en obligations grecques ?), ils se laissent de plus en plus tenter par les actions qui ont produit en 2014, tant en France qu’en Europe, des rendements bruts sur dividendes de l’ordre de 3,3% en moyenne.

A priori, il n’y a pas photo : pourquoi hésiter entre du 0,5% et du 3,3% ?

Cette comparaison est en fait dangereuse. Revenons à la nature du dividende. Le dividende d’une action est la part du bénéfice qui est redistribuée aux actionnaires. Pour un actionnaire, il s’agit en quelque sorte d’une avance sur son rendement total. Car le rendement total tient compte à la fois des éventuels dividendes versés et de la plus-value (ou moins-value) sur le cours de l’action.  Outre qu’il n’est jamais garanti, au moment où il est distribué à l’actionnaire, le dividende n’enrichit pas réellement l’actionnaire puisque, ceteris paribus, le cours de l’action baisse généralement du montant de ce dividende. Ce qui n’est pas le cas des intérêts d’une obligation.

Il est pourtant vrai que, historiquement, les actions présentant de « bons » rendements sur dividende sont également celles qui profitent le plus à leurs actionnaires. Mais ce n’est pas toujours vrai. Ah bon ? Eh oui. Un généreux rendement sur dividende n’est réellement intéressant que s’il correspond à une situation où l’action (et, en agrégé, la Bourse si c’est le niveau de l’analyse) est bon marché. Or, si c’est souvent le cas, ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, aux Etats-Unis, actuellement, les 50 actions de l’indice S&P500 générant les plus généreux rendements sur dividende sont plus chers que la Bourse qui, elle-même, n’est pas spécialement bon marché. Est-ce contrebalancé, pour ces actions, par une meilleure qualité des fondamentaux ? Pas vraiment ; la rentabilité des fonds propres et celle des actifs de ces 50 valeurs sont inférieures à la moyenne de la Bourse.

Investir aujourd’hui dans des actions à haut rendement sur dividende relève du miroir aux alouettes. Dans un contexte économique trouble, ces actions, perçues comme moins risquées, ont suscité l’engouement des investisseurs, y compris ceux qui sont les moins sophistiqués, ce qui a porté leurs cours à des niveaux déjà élevés. De même, comparer rendements des actions et des obligations comme unique référence pour se ruer sur les actions n’est pas une bonne idée. Des dividendes vous rapportant 3% couplés à des cours qui baissent de 10% ne constituent pas une bonne affaire, loin de là … Un signe supplémentaire qu’il y a tout lieu de se méfier : de nombreux fonds de placement ont vu le jour récemment avec le terme « rendement » (« yield ») dans leur dénomination : souvent, il n’hésitent pas à redistribuer davantage que les titres détenus en portefeuille, ce qui est malsain et finalement coûteux (frais et taxes en tous genres) pour l’investisseur.

A tout le moins, si les dividendes exercent un attrait impérieux sur vous, recherchez les actions qui sont également bon marché et qui gardent un bon potentiel de croissance de leurs dividendes (au-delà de leur rendement actuel), à condition, bien entendu, que cette croissance soit imputable à l’activité même de l’entreprise et non à des ressources financières externes comme un endettement accru.

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