« Petite chronique boursière  » – La fin de la pensée magique

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

La correction boursière à partir du mois d’août (quelque 10% de baisse pour le CAC40) doit servir de piqûre de rappel pour des investisseurs qui se sont laissés endormir par les discours lénifiants des banques centrales, notamment ceux de Mario Draghi, ci-devant patron de la BCE.

Dans un environnement monétaire très accommodant, la BCE s’est en effet portée acquéreuse depuis plusieurs mois d’obligations souveraines européennes sur le marché secondaire afin de maintenir les taux d’intérêt bas, y compris et surtout dans les pays du sud de l’eurozone, dans le but avoué de soutenir l’embryonnaire reprise économique. Ce faisant, elle ne faisait que singer les politiques similaires tentées un peu partout dans le monde (notamment au Japon et aux Etats-Unis), avec un succès pour le moins discutable. En conséquence et par défaut d’autre choix, les investisseurs, naguère friands d’obligations, se sont repliés sur les actions dont les rendements attendus étaient jugés plus attractifs. En particulier, certains ont été attirés par les actions avec un bon rendement sur dividende, les considérant, avec légèreté, comme des substituts acceptables aux obligations.

Je dis bien « avec légèreté » car une action n’est pas une obligation !

Il faut donc revenir, une fois encore, sur la notion de dividende et de son rendement (le rapport entre le dividende et le cours de l’action, « dividend yield » en anglais).

Les trois éléments les plus importants à (re)préciser sont les suivants :

1. Le rendement sur dividende n’est intéressant comme métrique que parce qu’il peut donner un signal sur la valorisation d’une action. Mais il peut être trompeur en cas de risque inhabituel (par exemple, un dividend yield élevé peut résulter d’un cours faible de l’action si l’action est très risquée ; dans ce cas, l’action n’est pas nécessairement bon marché).

2. En tant que tel, ce rendement n’est pas une création de richesse : rappelons une nouvelle fois que, lorsqu’il est détaché et payé, le montant du dividende réduit d’autant le cours de l’action : il ne s’agit donc pas de création de richesse.  Au contraire même, si l’investisseur doit payer un impôt à cette occasion. Un dividende peut, tout au plus, être considéré comme une avance sur le rendement total que recevra l’actionnaire (plus-value et dividendes). Ainsi, en théorie, l’actionnaire sera au total rémunéré de la même manière (sauf, éventuellement, sur un plan fiscal) par deux entreprises identiques, l’une distribuant un dividende et l’autre pas ; d’autre part, un actionnaire touchant un dividende peut se retrouver au final avec un return négatif si le cours de l’action baisse fortement durant la période de détention.

3. Le plus souvent, les investisseurs montrent un appétit marqué pour le dividende (et donc pour son rendement) en tant que revenu régulier, notamment lorsque les taux d’intérêt sont faibles  : outre, comme précisé au point 2, que ce revenu ne correspond pas à une création de richesse,  cet appétit est largement irrationnel : si les investisseurs veulent des revenus de leurs placements, libre à eux de revendre régulièrement quelques actions. Et imaginer qu’on fait une bonne affaire avec une action à rendement sur dividende élevé lorsque les taux d’intérêt sont faibles relève de l’illusion : en partie, on compare des pommes et des poires et, dès que les taux d’intérêt remontent (ce qu’ils finissent par faire tôt ou tard lorsqu’ils sont très faibles), les actions à rendement sur dividende élevé sont souvent les premières à souffrir.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Car il n’est demeure pas moins que le dividende, notamment lorsqu’il connaît une croissance régulière, peut être considéré comme un signe de qualité de la gestion de l’entreprise (à condition qu’il soit financé par les liquidités opérationnelles de l’entreprise et non par un surcroît d’endettement) et qu’il peut donc être pris en compte lors de l’analyse des fondamentaux d’une entreprise. J’ai déjà eu d’ailleurs l’occasion de développer ce point sur ce blog.

Mais en faire le substitut d’un intérêt obligataire n’est définitivement pas une bonne idée ! Sus à la pensée magique !

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