« Petite chronique boursière  » : La finance de l’ombre au service du petit investisseur

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

« Mon ennemi, c’est la finance ». Refrain désormais célèbre, même si (ou plutôt : parce que) il ne s’est pas avéré dans les faits d’une présidence qui s’achève. Globalement, la finance va assez bien, merci pour elle, surtout compte tenu du fait qu’elle avait été déclarée cliniquement morte il y a 8 ans. Certes, la politique d’argent abondant et bon marché, appliquée par les banques centrales, commence à poser des soucis aux banques et compagnies d’assurance, surtout en Europe. Des foyers de fragilité, en Allemagne, en Italie, en Espagne mais aussi en France, existent. Mais d’autres segments, traditionnellement relégués dans les rangs de la finance de l’ombre (« shadow finance »), comme le « private equity » ou les « hedge funds », se sont fortement développés ces dernières années hors des sentiers balisés et, à ce titre, ils inquiètent.

Cherchant une performance absolue, quelle que soit l’ambiance boursière, les hedge funds, tout spécialement, ont mauvaise réputation. Et il y a de bonnes raisons à cela. Souvent complexes et peu transparents, ces fonds, qui brassent des fonds colossaux, apparaissent comme particulièrement « spéculatifs », ce qui effraie certains investisseurs et donne des arguments aux contempteurs de la finance. A dire vrai, il n’est pas rare de voir certains gérants traînés devant les tribunaux pour avoir franchi la ligne jaune entre le licite et l’illicite, par exemple en profitant d’informations privilégiées (« insider trading »). Ajoutons à cela, pour l’investisseur, des montants à placer conséquents (généralement plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers d’euros), des frais élevés et des performances récemment décevantes, et le tableau est complet.

Ces fonds méritent-ils pour autant un tel opprobre ? La « gestion alternative » développée n’a-t-elle aucun mérite ? Certes, quelques grosses déconvenues restent à l’esprit, comme la faillite du fonds LTCM en 1998. A l’époque, quelques experts un peu fous avaient cru trouver une martingale qui a fini par leur échapper. Malgré les « accidents », les hedge funds continuent de bénéficier d’une large déréglementation pour opérer  leur guise. Tout sulfureux qu’ils soient, ils ont néanmoins quelques bons côtés. D’une part,  souvent à contretemps avec l’évolution des bourses, ils offrent une source de diversification intéressante à ceux qui en ont les moyens . Mais, d’autre part, le petit investisseur éclairé peut également, quoiqu’indirectement, y trouver son compte.

Ah bon ?

Oui, car à la lumière d’études statistiques différenciant les apports d’argent des investisseurs dans les fonds classiques et dans les hedge funds, il est apparu que les premiers accentuaient les anomalies boursières finalement atténuées, voire totalement corrigées, par les seconds. Par « anomalies », comprenez les situations où les bourses, ou certaines de leurs composantes, ne sont pas évaluées à leur juste prix. Lorsque, par enthousiasme ou par panique des investisseurs, trop d’argent afflue ou se retire des fonds classiques, ce qui crée ces anomalies, les hedges funds, misant à la hausse comme à la baisse selon les valorisations, sont en embuscade pour en profiter. Ce qui, in fine, ramène de la rationalité.

Ainsi, le petit investisseur qui aura gardé son sang-froid , prudent après de fortes hausses et audacieux après de fortes baisses, pourra profiter à terme de cette action correctrice des hedge funds en choisissant les bourses et/ou les titres les meilleur marché. Des « hedge funds » qui, en quelque sorte, régulent le marché … Avouez que vous ne vous y attendiez pas …

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