« Petite chronique boursière » : La tentation étatique

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Ces derniers
mois, la crise a mis en lumière les dérives d’un certain capitalisme qui a rimé
avec prises de risques excessives et irresponsabilité des dirigeants de
(grandes) entreprises toujours plus avides d’enrichissement personnel. L’Etat a
donc dû intervenir d’abord pour sauver un système financier au bord de
l’implosion et ensuite pour tenter de redéfinir les règles du jeu. Notons que
certains « ultra-libéraux » n’acceptent pas cette présentation des
choses : pour eux, la crise s’explique d’abord et avant tout par la
défaillance de l’Etat qui aurait régulé et serait intervenu à tort et à
travers, en se laissant aveugler par une illusoire clairvoyance et/ou sans
avoir les moyens d’exercer son autorité. Ne rentrons pas dans ce débat que
n’aurait renié nié Adam Smith ni Milton Friedman et revenons au concret du
retour claironné de l’Etat dans l’économie.

Jusqu’où ce
transfert du pouvoir économique vers l’Etat doit-il aller ? La question
est légitime lorsqu’on voit, particulièrement en France, les déclarations de
certains responsables politiques.

Ainsi, du sommet
de l’Etat est venue la proposition de partager les bénéfices des entreprises en
trois parts égales : une pour les salariés, une pour les investissements
et une pour les actionnaires (dividendes). Si, dans l’ensemble, cet équilibre
semble relever du bon sens, sa mise en application paraît insoluble. Aussi bien
du fait de la nature de leur activité que de leur phase de développement,
toutes les entreprises ne pourraient rentrer à l’identique dans un tel schéma
coulé dans le bronze législatif.

Pour d’autres,
il s’agirait de pénaliser par l’impôt l’argent à redistribuer aux actionnaires
de façon à privilégier le réinvestissement des bénéfices. Nouvelle hérésie
alors que des situations de surinvestissement verraient vite le jour, avec
leurs conséquences néfastes en terme de déflation et de chômage. Et cela
néglige le constat régulièrement établi que les entreprises qui distribuent le
plus à leurs actionnaires sont aussi celles qui sont les plus saines et les
plus dynamiques à long terme.

Enfin, certains
désirent plafonner par la loi les salaires des grands patrons. Mais est-ce bien
à l’Etat de déterminer autoritairement cela ? On conçoit bien que le
système actuel qui donne le pouvoir de décision aux administrateurs (plus ou
moins indépendants) est une porte ouverte aux abus. Alors, que faire ?
Retirer une partie du pouvoir des dirigeants pour la réallouer aux
actionnaires, réunis en assemblées générales, serait une voie intéressante. Sur
ce dossier, par exemple, il leur reviendrait de déterminer dans le détail les
salaires de leurs dirigeants.

Bref, un
capitalisme proche de la réalité du terrain et placé sous le signe de la
responsabilité exercée par chacun à sa place (avec les motivations appropriées)
me semble davantage porteur qu’un capitalisme excessivement corseté par un
Etat, si éclairé se prétendrait-il.

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