« Petite chronique boursière » : Le rapport Garnier/Thesmar sous la loupe

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

C’est un fait : la littérature financière de qualité est le plus souvent d’origine anglo-saxonne. Les petits investisseurs français, largement réfractaires à l’anglais, manquent donc de matériau pour parfaire leur culture et expertise.

C’est pourquoi il convient de se réjouir de la publication, il y a quelques jours à peine, d’un très intéressant rapport du Conseil d’Analyse Economique sous la double signature d’Olivier Garnier et David Thesmar : « Epargner à long terme et maîtriser les risques financiers : réflexions sur l’épargne financière des ménages français ». Cette somme de 139 pages (faisant d’ailleurs largement référence à des études anglo-saxonnes) est disponible gratuitement sur internet sous une forme abrégée ou intégrale ici : http://www.cae.gouv.fr/spip.php?breve8

Je vais me concentrer ici sur ce qui peut directement intéresser l’investisseur, sans trop me préoccuper des prescriptions formulées pour l’action publique.

Un premier apport est le point effectué sur la réalité de l’investissement de l’épargne des ménages français. Ainsi, la part prise par les actions et titres (en détention directe ou indirecte via OPVCM), est minoritaire : sous la barre, fin 2007, des 10% du patrimoine total. L’immobilier reste très largement en tête des avoirs des Français. D’ailleurs, moins d’un quart des ménages détiennent des actions. Cette situation, plus modeste en France que dans d’autres pays, s’expliquerait assez largement par le mode de financement des retraites.

Ensuite, le rapport se penche sur le risque et la rentabilité des actions à long terme, avec force graphiques et tableaux en tous genres. Si les actions s’avèrent plus rémunératrices que d’autres placements financiers, il ne faut pas perdre de vue leur risque. Tout d’abord, le long terme nécessaire pour éradiquer le risque est souvent plus long que ce que les investisseurs peuvent endurer (plusieurs dizaines d’années). Ensuite, le risque qui diminue avec l’horizon d’investissement est davantage le risque relatif des actions (par rapport aux autres placements) plus que le risque absolu : de très fortes variations, liées à des phénomènes extrêmes, peuvent survenir très rapidement sur les actions, comme l’année 2008 en a été l’illustration. Surtout, les perspectives de risque et de rentabilité d’un placement en actions dépendent très fortement de la valorisation boursière initiale : si la Bourse est fortement (faiblement) valorisée lorsque le placement est constitué, les perspectives de rendement sont plus faibles (fortes). A noter encore qu’à long terme, le rendement des dividendes réinvestis devient la principale source de performance des actions.

Globalement, les auteurs du rapport encouragent les ménages à investir davantage en actions et ils leur offrent aussi un code de bonne conduite, tant il est vrai que, souvent, des erreurs de comportement sont à l’origine de bien des déconvenues. En résumé, les investisseurs, lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, diversifient trop peu (aujourd’hui, pas moins de 300 actions différentes seraient nécessaires pour réduire 2/3 du risque), achètent et vendent des actions trop souvent (ce qui multiplie les frais de transactions obérant les rendements) et à de mauvais moments (de façon pro-cyclique : achats lorsque les cours sont élevé et ventes lorsque les cours sont faibles). Enfin, une véritable réflexion quant à une stratégie de placements financiers en fonction du cycle de vie des investisseurs serait indispensable : aujourd’hui, investir en actions dépend de l’évolution des revenus plus que de l’âge.

Ajoutons que ce rapport contient également quelques études complémentaires intéressantes, comme celle de Bertrand Jacquillat et Catherine Meyer intitulée : « Le phénomène de réversion vers la moyenne sur le marché des actions françaises et de la zone euro ». Dans leur conclusion, les auteurs soulignent : « Ainsi, les niveaux de cours actuels incorporent une dépression économique à la japonaise selon laquelle les sociétés de la zone euro ne retrouveraient leur pic de bénéfices 2007 qu’au mieux dans 10 ans, et ceci compte tenu d’une aversion au risque persistante et élevée ».

Dont acte !

Un conseil : lisez ce passionnant rapport.

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