« Petite chronique boursière  » : Retour (gagnant) pour le “small cap value”

Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Pablo Fernandez fait partie de ces académiques de la finance que j’apprécie tout particulièrement. Son but n’est pas de réinventer la roue. Officiant à l’IESE Business School à l’Université de Navarre à Madrid, il préfère se poser en “vulgarisateur” de la recherche universitaire au service des investisseurs. Aux Etats-Unis, un Aswath Damodaran, enseignant à la Stern School of Business de la New York University, s’inscrit dans la même lignée.

Un papier de Pablo Fernandez, daté de mai 2018, a récemment attiré mon attention. Il était intitulé, avec une pointe de malicieuse provocation : “It has been very easy to beat the S&P500 in 2000-2018. Several examples” (“Il a été très facile de battre l’indice S&P500 américain entre 2000 et 2018. Plusieurs exemples”)

Difficle de résister à un tel titre ! En effet, depuis déjà un bon bout de temps, la presse économique et financière regorge d’articles visant à démontrer qu’il ne sert à rien de jouer au plus malin avec la Bourse. Ceux qui s’y essaient, au premier rang desquels les gérants de hedge funds, s’y cassent le plus souvent les dents au prix d’une sous-performance parfois très sensible. Ne vous méprenez pas sur ce qui va suivre : il ne fait guère de doute que, pour la majorité des investisseurs, opter pour des fonds (de type ETFs) qui suivent les grands indices boursiers reste une des meilleures formules qui soient.

Il n’empêche …

Revenons sur cette période, déjà longue et donc représentative d’un horizon d’investissement adapté au risque du marché des actions, allant de début janvier 2000 à fin mars 2018. Cette période comprend la fin de la bulle technologique avant son éclatement, la double bulle financière et immobilière avant son éclatement, la lente reprise économique doublée d’une forte performance boursière soutenue par la domination des GAFA et par l’action des Banques Centrales avec dans l’intervalle la crise de la zone euro et de la Grèce.

Que veut nous montrer Pablo ? Eh bien, chiffres à l’appui, il nous montre qu’en recourant intelligemment aux avancées (les moins contestées) de la “science” financière, il était possible sur cette période troublée de réaliser des performances supérieures aux principaux indices. Ainsi, du 1er janvier 2000 au 1er avril 2018, le S&P500 a offert un rendement total (dividendes réinvestis compris) en USD de 153%, soit un rendement annuel moyen de 5,2%. Bien mais pas exceptionnel. Il faut néanmoins tenir compte du fait que la Bourse se situait à des niveaux historiquement élevés en janvier 2000. En passant à des indices de moyennes capitalisations (S&P 400 Mid Cap) ou de petites capitalisations (S&P 600 Small Cap), on gagne déjà sensiblement du rendement, à respectivement une moyenne de 9,7% par an et de 10,1%. Donc, investir dans un indice de petites capitalisations aurait permis de gagner presque deux fois plus que via les stars de la cote (S&P500). L’effet taille, stipulant que sur longue période les entreprises de petite taille (capitalisation) rapportent davantage en Bourse que celles de grande taille, a donc fonctionné.

Mais Pablo va plus loin. En combinant l’effet taille avec l’effet “value” (à savoir les petites entreprises faiblement valorisées), il aurait été possible d’atteindre sur certains portefeuilles de plusieurs dizaines de titres  (taille minimale de 17 millions USD de capitalisation par action et rééquilibrage tous les 24 mois) des rendements de l’ordre de …. 30% par an ! Soit quelque 6 fois plus que via notre indice phare S&P500.

Pablo étant Espagnol (l’aviez-vous deviné ?), il fournit des données sur son marché local avec des ordres de grandeur similaires, passant de 3,1% annuel pour l’indice IBEX35 à près de 16% pour un portefeuille d’une vingtaine des plus petites capitalisations (hors effet value).

Minute, papillon ! N’y a-t-il pas un prix à payer pour de telles performances supérieures, notamment en matière de risque ? Tout dépend de la manière dont le risque est défini. Sans conteste la volatilité des indices et autres portefeuilles d’actions de petites capitalisations est supérieure. Mais pour la plupart des investisseurs disposant d’un horizon d’investissement long, cela n’a guère d’importance. Ils doivent certes ne pas se laisser guider par leurs émotions au gré de cette volatilité. Ce n’est pas toujours évident mais ce n’est pas non plus impossible lorsque l’on sait ce que l’on fait et pourquoi. Par ailleurs, si la stratégie “small cap value” a bien fonctionné sur la période 2000-2018, est-elle assurée de fonctionner aussi bien sur les 18 prochaines années ? Absolument pas ! C’est bien pour cela que recourir aux indices traditionnels n’est pas idiot. Mais miser systématiquement contre une des “découvertes” fondamentales de la finance académique des 30 dernières années n’a guère de sens. Alors oui, en effet, il est peu probable que, dans quelques années, vous regrettiez amèrement d’avoir réservé une partie au moins de votre portefeuille aux actions “small cap value”, idéalement diversifiées internationalement.       

 

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