Petite chronique boursière : « Votre fonds de placement est-il géré dans votre intérêt ? »

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

C’est une évidence qu’il est inutile de proférer sur un site consacré à l’entrepreneuriat : à la base de toute relation financière ou commerciale se trouve la confiance. Tout comme les actionnaires d’une entreprise s’en remettent à ses dirigeants pour leur assurer un bon rendement, les investisseurs d’un fonds de placement sont tributaires de son gérant en vue du même résultat. Mais cette incontournable confiance est-elle toujours placée en de bonnes mains ?

Si les actionnaires peuvent généralement s’assurer de règles du jeu équitables via le respect d’un code de bonne conduite (dit de gouvernement d’entreprise), qu’en est-il pour les investisseurs d’un fond géré activement ? Car pour qui travaille au juste un gestionnaire de fond ? Pour ceux qui ont investi une partie de leur épargne dans ce fond ou pour ses employeurs (boîtes de gestion d’actifs) ? A considérer les (souvent très) fortes rentabilités de ces “asset managers”, on peut sans risque avancer que les économies (d’échelle) réalisées au fil de la croissance de certains de ces fonds n’ont guère été partagées avec les investisseurs. En clair : les frais facturés aux clients (entrée, gestion, sortie) sont généralement trop élevés. C’est d’autant plus criant que rares sont les fonds actifs qui performent sensiblement mieux que leurs indices de référence.

Cette situation, désavantageuse pour les investisseurs, est-elle sur le point de changer ? Peut-être bien. Face à la concurrence croissante des fonds indicés (ETF pour Exchange Traded Funds), caractérisés par des frais minimaux, les fonds gérés activement réfléchissent à la façon de garder leurs clients. Cela ne peut passer que par une substantielle baisse de leurs frais, une hausse de leur performance ou un mix de ces deux éléments.

Un des premiers grands gestionnaires d’actifs à avoir “dégaîné”, il y a quelques mois, est Fidelity aux Etats-Unis avec l’idée d’aligner les frais (“fee”) sur la performance. En language yankee, on parle de “fulcrum fee”. Plus la performance du fonds est médiocre par rapport à l’indice de référence, moins les frais seront élevés et plus cette même performance dépasse l’indice, plus les frais seront élevés. Un tel système n’est pas neuf : s’il n’a jamais existé en Europe, sa présence aux Etats-Unis remonte à plus de 40 ans mais pour un usage resté marginal.

Cette philosophie consistant, pour l’investisseur, à payer selon la qualité du résultat a de quoi séduire sur le papier. En pratique, c’est un peu plus compliqué. Par exemple, le choix de l’indice de référence, à partir duquel la performance du fond est évaluée, est-il toujours aussi évident ? Autre question : les gérants ne vont-ils pas être tentés de prendre trop de risque dans l’espoir d’une meilleure rémunération ? Dès lors, comment intégrer au mieux ce risque dans la qualité de la performance et, surtout, comment éviter que ce risque potentiellement excessif se retourne contre l’investisseur ? Sur quelle durée établir cette évaluation de performance : une périodicité subjective, la durée conseillée selon la nature de l’investissement ? On le voit bien : les questions sont nombreuses et légitimes, même si elles sont le plus souvent soulevées par les partisans du statu quo.  D’autres suggestions voient également le jour comme, par exemple, la diminution progressive des frais de gestion au fur et à mesure où l’investisseur garde son argent dans le fond. Pas tout à fait convaincant non plus car cela peut dissuader l’investisseur de trouver une autre affectation à son épargne lorsque c’est nécessaire.

Même si ces évolutions peuvent être considérées avec une certaine bienveillance, j’encouragerais plutôt, en l’état actuel de la situation, la transparence du marché et la bonne information des investisseurs. Ceux-ci comprennent de mieux en mieux que la cherté d’un produit financier, bien que “justifiée” par son vendeur (de tapis), n’est pas forcément un gage de qualité. Loin de là ! D’ailleurs, plus souvent qu’à leur tour, des fonds indicés, de type ETF, leur procureront à terme un meilleur rendement que la grande majorité des fonds gérés activement. A bon entendeur …

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