Petite séance de coaching pour investisseur actif

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

« Et en pratique, je fais quoi ?

« Pardon ?

J’avais retrouvé, le temps d’un repas, une ancienne camarade d’école. Après m’avoir avoué lire régulièrement mes chroniques sur « Envie d’entreprendre », flattant ainsi mon égo, elle relance la conversation :

« J’ai beau lire tes chroniques, je ne vois pas très bien par où commencer …

Sabine, 45 ans, 2 (grands) enfants, poursuit une carrière brillante en tant qu’avocate d’affaires. Farouchement indépendante sur le plan financier, elle souhaite que son épargne ne reste pas lettre morte, d’autant que l’Etat impécunieux peut à tout moment la trouver appétissante (je parle de l’épargne).

Je prends alors conscience qu’en matière de placements, il ne suffit pas de donner des conseils ou des garde-fou : il s’agit aussi d’accompagner régulièrement l’investisseur de façon à le garder sur de bons rails et lui permettre de réaliser ainsi ses objectifs. Le conseiller devient alors davantage un coach. Sans doute une activité d’avenir, le coaching financier …

Je me lance :

« En Bourse, il faut d’abord se concentrer sur les risques. Il y en a deux principaux. Le premier est d’acheter à des prix trop élevés, ce qui engendre des pertes ou des rendements décevants. Et le second, moins connu, est celui de rater une hausse, ce qui entraine un manque à gagner. Conclusion : sauf en cas de surévaluation manifeste, ce qui est rare, mieux vaut rester sur le marché et y rechercher les actifs les moins chers. Ces derniers auront vocation à baisser moins en cas de reflux boursier généralisé et ils seront aussi sans doute les premiers à récupérer ».

Mon interlocutrice semble me comprendre. Je poursuis :

« Ensuite, l’investisseur actif doit délimiter la part de son épargne qu’il peut immobiliser à plus ou moins long terme (un horizon de 10 ans est raisonnable). Il la divise en 3 : une part constituée d’un classique portefeuille de fonds en actions et en obligations, une part constituée d’actions individuelles et une part de cash ».

«  Les trois parts sont-elles de tailles égales ? », me demande-t-elle.

« Au départ oui. Régulièrement, tu devras d’ailleurs vérifier que cette répartition reste égalitaire en rééquilibrant au besoin. Ne sous-estime pas l’importance du poste de liquidités : tu en auras besoin pour profiter des périodes de baisse, lorsque des opportunités se présentent. Lorsque tu seras plus confiante dans ton jugement, tu pourras répartir différemment ces trois parts : par exemple, si tu estimes que les marchés sont significativement survendus, tu réduiras pour un temps ce poste de liquidités et tu investiras davantage ».

« Tu me dis de privilégier les actifs les moins chers. Tu veux parler des fonds indicés qui comptent peu de frais ? »

Je lui souris. Je ne suis finalement pas certain qu’elle a lu mes chroniques aussi attentivement qu’elle l’affirme.

« Les fonds indicés sont une possibilité. Mais alors, du moins pour ce qui est des actions, tu devras également déterminer quels sont les pays ou les secteurs les meilleur marché. Ce n’est pas si simple. Mieux vaut opter pour les styles de gestion qui ont donné les meilleurs résultats par le passé. Tu trouveras ainsi des fonds dédiés par exemple aux petites valeurs bon marché (« small caps value ») ou aux actions à faible volatilité (« low volatility »). Cela dit, tu peux combiner géographies et styles de gestion : par exemple, en optant pour un fonds de petites actions bon marché japonaises si tu estimes que le marché japonais est plus intéressant que les autres. N’oublie pas de diversifier néanmoins ».

« Et les actions individuelles ? »

« Là, c’est plus délicat. S’il est vrai qu’il y a des types d’actions qui en moyenne génèrent plus de rendement que d’autres, c’est à chacun de trouver sa route. Tu es avocate d’affaires ; donc, tu connais les entreprises. Tu peux te fier à tes connaissances, ton intuition ou encore jouer une carte quantitative plus systématique».

« Il faut diversifier là aussi ? »

« Diversifier en actions individuelles est difficile : il te faudrait au moins une trentaine d’actions internationales bien choisies. Ce n’est pas raisonnable de gérer un tel portefeuille. Contente-toi de trouver une dizaine d’actions intéressantes, selon tes critères ».

Elle prend un temps de réflexion, digérant ce que je viens de lui dire.

« Et je peux espérer quel rendement à terme ? »

« N’imagine pas que ton parcours sera linéaire : il y aura des hauts et des bas, des succès et des échecs. Le tout est de ne pas te décourager et d’apprendre de tes erreurs. Mais si tu n’abandonnes pas le navire en cours de route, un rendement annuel de 7 à 8% n’est pas exclu. Voire plus, si tu es douée. Avec un double bonus : d’une part, la Bourse peut agir comme un révélateur de ta personnalité, sur laquelle tu peux travailler, et d’autre part, tu en sauras davantage sur l’économie et les entreprises ».

« En cas de coup dur, tu me conseilleras ? », me dit-elle alors avec un de ses beaux sourires.

Je ne crois pas devoir ce sourire au charme de mes tempes désormais grisonnantes. Mais chacun avance dans la vie avec ses atouts, pas vrai ?

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