« Petite chronique boursière  » : Quand Boursorama titre sur « la ruée vers les IPO » …

Vincent colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) - Analyste financier

Commençons par une mise au point. J’aime bien le site Boursorama : on y trouve facilement les cours et les fondamentaux des actions ainsi que ceux des principaux indices. Et, de temps à autre, au-delà d’un classique fil de news, on peut y dénicher des contenus à valeur ajoutée.

Malheureusement, comme souvent sur les sites financiers, il peut aussi arriver que l’on glisse sur une peau de banane.

Ainsi, le 27 novembre dernier, en homepage, un titre tape-à-l’œil appelait l’internaute à cliquer : « La ruée vers les IPO ». Il s’agissait en fait de l’interview d’un gérant de fonds, Cédric Chaboud, qui donnait son sentiment sur le marché des actions récemment introduites en Bourse (IPO, pour « Initial Public Offering »). Bien entendu, M. Chaboud ne parlait pas de nulle part puisque l’objectif de cet interview était de faire la promotion de son fonds, Skylar Origin, investissant précisément dans de telles actions, à l’échelle mondiale.

Après nous avoir appâtés avec le concept de « ruée vers les IPO », allusion à peine voilée à la ruée vers l’or, l’interview insistait directement sur le fait que, selon M. Chaboud, « le marché des IPO est difficile d’accès pour les particuliers » et qu’il s’agit donc d’un marché d’experts.

Inconsciemment ou non, le raccourci qui s’opère dans la tête de notre lecteur est le suivant : les IPO, c’est de l’or en barre et ce fonds me permet d’y avoir accès alors que jusqu’ici le gâteau se partageait entre les seuls experts.

Comme le dirait (s’il savait parler et s’il était toujours en vie) le chien de Pavlov, c’est hautement salivant cette affaire-là. Vite, vite, achetons !!

Halte là, malheureux ! Surtout pas !     

Si, dans le monde de la finance, il y a bien une escroquerie organisée à grande échelle, de longue date et avec la complicité de tous les acteurs, c’est bien celle des IPO. Evidemment, au détriment du petit actionnaire.

Il faut bien comprendre que chacun n’a pas le même intérêt dans cette affaire. Une IPO, c’est d’abord l’occasion pour les dirigeants/fondateurs de « monétiser » tout ou, plus souvent, une partie de leurs actions qu’ils détiennent depuis le début. Généralement, une IPO est aussi l’occasion d’une levée de fonds supplémentaires pour financer le développement de l’entreprise . Tout ceci n’est bien entendu pas choquant en soi. Mais, après une brève réflexion, chacun admettra que, en cas d’IPO, l’objectif des fondateurs et de l’entreprise est bien de récolter un maximum d’argent et donc de faire payer au prix fort ceux qui prennent le train en marche. Oui, je parle évidemment des petits actionnaires. De même, les intermédiaires financiers, ces grands acteurs institutionnels que sont les banques d’affaires, qui organisent les IPO, se servent également en commissions et en plus-values à très court terme. Car, comme le marketing est chauffé à blanc juste avant l’IPO, il n’est pas rare que le premier jour de cotation soit l’occasion d’une belle hausse du cours qui est alors captée par les professionnels.

Résumons : un prix de l’IPO fixé à un niveau « optimisé » pour les fondateurs et pour l’entreprise (ç-à-d un prix plein, voire légèrement surévalué ; en cas d’exagération, il y a toujours un risque que l’opération capote, ce qui ferait mauvais genre) et dès les premiers échanges, une hausse souvent significative du cours de l’action. Notez qu’il peut aussi exister des flops, comme ce fut le cas pour Facebook.

Lorsque le petit actionnaire peut enfin entrer dans la danse, il n’a guère d’autre choix que de jouer le rôle de « greater fool », à savoir celui qui vient surenchérir sur un prix déjà bien élevé en espérant, s’il spécule, qu’un encore plus fou que lui donnera davantage quelque temps après ou, s’il investit, qu’il a bien interprêté les états financiers malgré le faible recul historique offert par des activités généralement en phase de démarrage.

La plupart des études menées aux quatre coins de la planète sont catégoriques : investir à moyen terme dans des IPO au-delà des cours fixés pour l’introduction (et donc au-delà de niveaux très peu accessibles) constitue un aller simple pour de faibles rendements.

Vu que la politique de fonds Skylar Origin réduit l’univers d’investissement à des actions nouvellement cotées entre le premier jour de cotation et la cinquième année, ce vivier d’actions ne peut s’avérer que globalement assez décevant. Bien entendu, un génie de la finance sera capable de dégager le bon grain de l’ivraie et réalisera une belle performance. Mais, soyons réalistes, c’est quasiment impossible.

Le fonds Skylar Origin est lui-même assez récent puisqu’il n’existe que depuis février 2010. Il n’a offert que 11% de rendement cumulé depuis cette date. Sur la même période, l’indice mondial MSCI s’adjugeait quant à lui près de 39% (ces deux performances établies au 6 décembre, date où j’écris ces lignes).

Bien entendu, sur tous ces sujets, il ne fallait pas trop compter sur l’interview de M. Chaboud pour éclairer l’investisseur. Et pour cause : ce n’était que de la com’ . Faut-il en dire plus ?   

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