Quand les citoyens s’emparent de la finance

Quand les citoyens s’emparent de la finance

Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Tout observateur du phénomène Internet depuis quelque 25 ans en sera persuadé. Les usages de la Toile évoluent constamment. L’espace initial de liberté pour “geeks” passionnés d’informatique a vite laissé la place aux contenus commerciaux, avec la visibilité apportée par les classements en leur faveur opérés par les moteurs de recherche. Puis l’internet mobile des smartphones a encouragé l’explosion des applications. Parallèlement, les particuliers émetteurs de contenus et avides de communiquer se sont réfugiés sur les réseaux sociaux de type Facebook, Twitter ou Instagram.

Souvent fustigés pour leur anonymat (encore tout récemment en France dans un contexte particulier …), leur violence/leur vulgarité ou leurs “fausses nouvelles”, ces réseaux sociaux sont aussi des vecteurs d’initiatives surprenantes. Ainsi, sur Instagram, au départ un simple espace de partage de photos à destination principalement des adolescents, on a vu récemment apparaître du contenu …. financier. Un développement suffisamment significatif pour que le très sérieux quotidien Financial Times l’analyse en profondeur dans un récent article.

Tout d’abord les échanges d’expériences financières entre particuliers ont concerné des sujets tels que la maîtrise du budget familial ou l’endettement personnel. Ce genre de questions est souvent plus facilement abordée avec une autre personne, même inconnue, qui a vécu une expérience similaire qu’avec un professionnel difficile à dénicher et parfois à comprendre … Et reconnaissons que pour parler de ces questions en toute franchise, l’anonymat n’est ici pas un luxe.

Plus surprenant peut-être, des “influenceurs”, a priori amateurs (certains se prévalant tout de même d’une expérience professionnelle passée), fédérant parfois plusieurs dizaines voire centaines de milliers de “followers”, donnent des conseils de placement qu’ils affirment généralement suivre pour leur propre compte et dont ils donnent souvent des versions plus détaillées sur un site ou un blog “old school” (auxquels ils renvoient). Il est vrai que recourir à un produit financier classique (commercialisé par un intermédiaire financier ayant pignon sur rue) n’évite pas toujours les déceptions, voire les déboires.

Qu’en penser ?

Alors que l’éducation financière reste un angle mort de nos systèmes éducatifs et que de nombreuses personnes cherchent vainement des réponses claires (et si possible gratuites) à leurs interrogations financières, il est somme toute logique qu’une frange de la population, notamment parmi les plus modestes, s’accaparent de la chose financière sur les réseaux sociaux. Y compris donc, et c’est un développement assez étonnant, sur Instagram. Une tendance anglo-saxonne qui pourrait rapidement se répandre sur le continent.  Même si les conseils ainsi prodigués font généralement l’objet de discussions (et donc de mises en perspective) entre les internautes, il convient, à l’évidence, de rester prudent et critique : “Cette personne est-elle digne de confiance ? Est-elle réellement désintéressée ? ”. Notamment, une offre commerciale, voire une arnaque, ne se cache-telle pas devant une apparente bienveillance ? Il est vrai que, du fait de la nature même des réseaux sociaux ouverts, un escroc ne le reste jamais très longtemps car ses pratiques sont rapidement mises au jour par la communauté. Il n’empêche : n’oubliez pas, si vous fréquentez ces espaces numériques et si vous en avez la possibilité, de recouper les informations à d’autres sources, de préférence émanant d’experts indépendants.

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