Quel cap tenir face à l’inattendu ?

Françoise KellerPar Françoise Keller (chroniqueur exclusif) – Coach et formatrice – Management, Gouvernance et Communication NonViolente®

Voici donc l’heure d’écrire « la quatrième manière de se pourrir définitivement la vie au travail »…. Mais me voici avec trois obstacles inattendus bien contrariants : je n’ai aucune envie aujourd’hui de regarder ce qui pourrit la vie au travail car je suis habitée par de très beaux moments professionnels que je viens de vivre ; je n’ai pas d’inspiration et, surtout, je ne retrouve pas l’article que j’avais préparé. Alors que faire ?

VoilierPremier choix – Tenir son cap quand même !

Eh bien, évidemment, ma première option consiste à me dire que je suis une bonne professionnelle, que je dois faire cet article, que je peux bien faire cet effort : entre une réunion et un rendez-vous important à préparer, je dois bien pouvoir trouver un moment pour écrire cet article. Un peu de concentration que diable ! Je dois bien avoir quelque chose à dire sur une nouvelle manière de me pourrir la vie au travail, avec toutes les expériences que j’ai déjà faites en ce domaine !

Eh bien, en voilà une manière de me pourrir la vie au travail (ouf !) : tenir le cap envers et contre tout. Faire quand même, même si je n’en ai pas le temps, même si je n’en ai pas les moyens, par devoir, par obligation, parce qu’il faut, parce qu’on doit, parce que c’est comme ça, un point c’est tout.

Deuxième choix – Laisser tomber !

Oh et puis zut ! Ras le bol de faire les choses par devoir, je me suis mise à mon compte pour faire les choses par choix et par plaisir. Mon cher Olivier, tant pis pour vous, vous n’aurez pas ma chronique cette fois-ci, vous n’aurez pas de sujet ou vous ne l’aurez pas dans le délai promis.

Eh voici une autre manière de me pourrir la vie au travail : renoncer, laisser tomber en prenant le risque de son cortège de conséquences : renoncer à une réalisation qui me tient à cœur et pour laquelle j’ai mis de l’énergie qui devient infructueuse ; ne pas satisfaire mes partenaires et clients ; dégrader mon estime de moi ; laisser venir la culpabilité.

Troisième choix – Accueillir la réalité

Quand je vois les deux choix précédents, je n’ai pas beaucoup de joie et j’ai d’abord envie d’accueillir la réalité telle qu’elle est sans la juger, avec objectivité : De quel temps je dispose ? Quelle énergie j’ai à ma disposition ? Quels sont mes ressources, mes moyens ? Quels sont les enjeux ?

Je suis étonnée de la difficulté que nous pouvons avoir, que je peux avoir, à accueillir la réalité telle qu’elle est. Parfois j’aime imaginer que j’ai un martien intérieur qui vient d’arriver sur cette terre et qui écoute ce que j’entends. Voici ce que mon martien intérieur a entendu récemment de la bouche de dirigeants ou de managers, par ailleurs, très compétents « Je demande à mes collaborateurs des choses impossibles à faire car on n’a pas les moyens » ; « Comment je peux faire quand j’ai deux exigences non négociables qui sont incompatibles ? » ; « Je suis ennuyé car je dois tenir cette échéance et c’est impossible ». Mon martien intérieur s’étonne car ça ne lui paraît pas « logique ». Si c’est impossible, on ne le fait pas et si on le fait c’est que c’est possible…. Enfin, c’est ce que pense mon martien intérieur….

A noter que cette réalité inclut le registre de la tête – mes pensées, de ce que je pense en terme d’organisation, de faisabilité, de ressources disponibles…. – mais aussi du cœur, des émotions – comment je me sens, qu’est-ce qui me donne de la joie, du plaisir.

La réalité inclut aussi ce que je vis et ce que l’autre vit et je suis émerveillée de voir combien je sous-estime régulièrement la souplesse de mes interlocuteurs. Je veux dire que, souvent, lorsque j’ose exprimer avec authenticité ce qui me pose problème, je découvre que mes interlocuteurs acceptent davantage de souplesse que je ne pensais et que nous sommes capables de coopération, au-delà de ce que je peux imaginer toute seule.

Quatrième choix – Discerner et piloter

Une fois que j’ai accepté la réalité, il me reste un exercice délicat que les spirituels appellent le discernement, que les dirigeants appellent la stratégie, le pilotage, l’intelligence de situation : discerner l’essentiel au cœur de l’important ;  faire preuve à la fois de détermination et en même temps de souplesse.

Oui, je tiens à respecter mon engagement sur ce site que j’apprécie tellement. Oui, je tiens à honorer mes lecteurs avec un article que j’espère de qualité. Oui, je tiens à prendre soin de la relation avec les différents acteurs de ce site. Oui, je tiens à prendre un sujet qui a du sens pour moi, dans ma vie d’entrepreneur, et qui est en lien avec du concret. Mais, non, je ne suis pas obligée de m’obliger à traiter un thème pour lequel je n’ai pas d’inspiration. Non, ça n’a pas de sens de passer une heure à chercher sur mon ordinateur un fichier improbable que j’ai peut-être égaré. Non, ça n’a pas de sens de passer ma nuit à écrire un article, au risque de dégrader mon travail de demain.

Alors oui, je vais faire une note qui parle de ces moments si importants ou l’imprévu, l’inattendu vient nous questionner : Quel est le cap que je veux garder et de quelle manière je peux m’adapter ?

Cinquième choix – Se réjouir de la créativité qui émerge de l’intelligence de situation

J’aime alors me réjouir et observer, souvent après coup, la créativité qui émerge lorsque j’ose accueillir l’inattendu, lorsque je prends le temps de discerner ce qui est important et de transformer, faire évoluer, négocier ce qui est transformable. Et j’aime en particulier me réjouir des cadeaux souvent inattendus qu’offre cette expérience. C’est l’histoire d’un entrepreneur qui trouve un nouveau client important, en faisant le choix d’aller porter sa voiture au garage au lieu d’aller à un rendez-vous commercial car sa voiture est tombée en panne à un moment inattendu. C’est l’histoire d’un cuisinier qui invente une nouvelle recette qui devient célèbre car il s’est trompé dans un dosage. C’est l’histoire d’un bateau qui, en changeant de trajectoire, découvre de nouveaux horizons. C’est l’histoire d’un entrepreneur et d’un client qui vivent plus heureux, de manière plus performante, car ils se sont écoutés et ont fait le choix de prendre en compte leurs contraintes respectives. C’est l’histoire de toutes les impasses qui se transforment en portes ouvertes. C’est l’histoire, je crois, de tous les entrepreneurs qui savent s’adapter à leur temps et à leur réalité !

Bon vent !

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