Réputation et réseaux sociaux : plus on est petit plus c’est stratégique

Bertrand_duperrin
Par Bertrand Duperrin (chroniqueur exclusif) – Consultant en Management

Le mois dernier je vous parlais
l'importance de la "e-reputation" pour une entreprise et soulignais
qu'aussi paradoxal que cela puisse sembler, l'enjeu était au moins
aussi important pour les PME et les entreprises jeunes que pour les
grandes entreprises.

Je voudrais poursuivre dans
cette direction en ne donnant pas comme à l'accoutumée des lignes
directrices mais en vous narrant un cas très concret dans lequel
entrepreneurs en herbe et PME se reconnaitront.

A chacun d'en tirer les conclusions par rapport à sa propre situation.

Tout
débute il y longtemps par une rencontre fortuite. "Afterwork" avec
quelques amis, puis arrivent les amis d'amis puis les amis de ces
derniers. Pas si fortuit que cela donc…mais la preuve que les réseaux
sociaux en ligne ne font que répliquer les bonnes pratiques de la vie
réelle et que c'est la lien et la confiance qu'on peut avoir les uns
dans les autres qu'on rencontre de nouvelles têtes.

Une
de ces nouvelles têtes était une jeune entrepreneuse en herbe. Un
profil atypique mais passionné, qui sait ce qu'elle veut faire, dans
quel domaine, a des idées (beaucoup d'idées), du talent…et bien sur
un budget réduit à la portion congrue.


Challenge
multiplie pour cette jeune créatrice : lancer la production de sa
collection et développer une activité e-commerce. Deux choses à la fois
complémentaires et distinctes, chacune nécessitant quasiment un
business plan et un investissement spécifique. 

Dès lors
qu'il y a un besoin de production "matérielle" et de constitution de
stocks (même minimes) on sait d'emblée où sont les investissements
inévitables. Il ne reste forcément plus grand chose pour se faire
connaitre et développer l'activité commerciale.

Il
y a plusieurs années le projet se serait achevé sur ce constat
d'impossibilité. Faute d'avoir les moyens d'investir sur ces deux
fronts indissociables autant ne pas se lancer dans une aventure
hasardeuse. Mais depuis les choses ont changé.

La
demoiselle n'est pas forcément droguée aux médias sociaux, malgré ses
21 ans (comme quoi les mythes ont la vie dure) mais elle observe et
comprend vite plusieurs choses. La première, même si c'est un lieu
commun, c'est qu'on peut désormais toucher beaucoup de monde à moindre
frais (voire zéro). La seconde, malheureusement trop souvent méconnue,
c'est qu'il ne sert à rien d'arroser beaucoup mais qu'il faut
construire des relations qualifiées.

Ce qui nous ramène à nos problématiques de réputation.

Se
servir de sa réputation est quelque chose d'assez simple à comprendre à
faire. Mais comment s'en construire lorsqu'on est un nouveau venu ?


occuper l'espace…mais pas n'importe comment. Tout le monde sait que
vous avez des produits à vendre et on ne construit pas une réputation,
on ne crée pas de lien en "poussant" des catalogues et des promotions
sur un blog, twitter, ou une page Facebook. On parle de son métier, de
sa passion, parfois de ses produits, en étant soi même, en donnant aux
autres les éléments qui leur donneront ou non envie de faire un pas
vers soi. Après ce pas viendra la relation, puis si tout la bien la
confiance et enfin la réputation. C'est un travail de fond, de longue
haleine qui ne supporte pas les courts circuits. On se ne proclame pas
mais on donne aux autres de quoi se faire une opinion et avancer vers
vous…ou pas. Bref pour vendre, la première chose est surtout de ne
pas chercher à le faire.

– aller vers les
autres…mais pas n'importe comment. Suivre des milliers de personnes à
la pelle sur twitter pour dire "hé j'existe", commenter sur tous les
blogs de la terre est le meilleur moyen de se faire détester ou, au
mieux, de construire une audience peu qualifiée qui finalement n'a pas
grand chose à faire de vous. Suivez et rapprochez vous de ceux qui vous
intéressent parce qu'il y a une communauté d'intérêt, de sujets entre
vous. Allez vers ceux qui vous ressemblent, pas vers ceux à qui vous
voulez vendre. Si l'intérêt est réciproque alors la conversation peut
commencer et…..vous connaissez la suite.


servez vous du monde réel comme d'un accélérateur.  Quand on démarre on
se dit souvent "mais je suis jeune, je n'ai pas de réseau". C'est faux,
vous connaissez des gens, et avez certainement une relation de qualité
avec certains d'entre eux. Que ce soit dans la vraie vie comme sur les
médias sociaux (ne jamais croire que la vie sociale sur internet obéit
à d'autres règles que la vie sociale dans le "monde réel") ils peuvent
être vos premiers ambassadeurs. Penser toucher de manière crédible 100
000 personnes est illusoire lorsqu'on démarre. Mais 10 qui vont chacun
en toucher 10 qui…. est plus pragmatique, réaliste et…qualitatif.
Là encore, il vaut donc mieux marcher bien que courir vite au risque de
s'essouffler mais, surtout, de tomber.

– Et au final penser relation au lieu de ne penser que transaction

Revenons
donc à notre petite entrepreneuse qui a commencé à sévir la semaine
dernière. Je lui demande "alors…cette première semaine ? Et ta
visibilité ?". 

Réponse : "Ca démarre
calme…mais bien". Comprenez : j'avance peu à peu mais pour que les
affaires fonctionnent bien demain mieux faut passer du temps à faire
peu et bien aujourd'hui qu'en faire top et mal. Qui trop embrasse mal
étreint…et bien c'est aussi vrai dans la vie d'une entreprise, d'une
marque.

Seulement une centaine de "followers"
sur twitter mais des gens qui s'intéressent à ses activités, en parlent
autour d'eux. Des relais plus que des cibles.
Un blog qui
fait ses premiers pas. Rien qui donne le vertige en termes d'audience
mais une audience qualifiée qui permet des discussions fructueuses en
"off".

Et concrètement ? Cela lui a permis
d'identifier des partenaires (ou plutôt d'être identifiée par
eux…gain de temps), d'être contactée par d'autres créateurs pour
qu'elle distribue leurs créations, d'avoir des premières offres de
partenariat média etc…

En une semaine sans aucun investissement je trouve plutôt encourageant.

Alors
on peut se dire que c'est l'histoire qui pourrait être celle de
n'importe quel jeune entrepreneur aujourd'hui. Certainement.  Qu'il y a
déjà eu des cas similaires, qu'il y en a d'autres, et qu'il y en aura
de plus en plus. Effectivement. Qu'il faut voir ce que cela donnera sur
la durée. C'est certain.
Ce que je trouve intéressant dans
cette affaire c'est que tout le monde ne se reconnait pas dans les
stratégies et les problématiques des grandes marques et que la réalité
pour beaucoup de jeunes entrepreneurs est de devoir faire un maximum,
souvent seul, avec des moyens plus que limités. C'est un cas très
modeste mais dans lequel beaucoup pourront se reconnaitre et qui nous
montre que :

– moins on a de moyen au départ plus il faut avoir une présence "scalable" à moindre frais.

la scalabilité ne se transforme en business que si on travaille à la
construction d'une relation de qualité au lieu de faire du quantitatif
à tout prix.
– quand on est petit on ne peut courir tous les
lièvres à la fois. D'où l'importance de qualifier au maximum chaque
partenariat potentiel pour valoriser au maximum le temps investi

Cela
vaut pour les entreprises de toutes taille. Mais lorsqu'on est petit ou
qu'on démarre c'est d'autant plus important qu'on a pas d'autres moyen
pour se faire connaitre.

Dernier point :
aujourd'hui on peut aller plus loin et plus vite en se servant de ces
nouveaux médias comme d'un levier, d'un accélérateur. Mais il faut bien
garder en tête une chose : si le produit ou le service ne sont pas à la
hauteur, les médias sociaux n'y changeront rien et pour le coup le
travail passé à établir une relation de qualité avec votre écosystème
partira en fumée.
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