« Petite chronique boursière » : S’empiffrer ou faire régime ?

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Avant les fêtes, vos magazines préférés
vous vantent les produits du terroir et les délices de passer du temps devant
une bonne table en famille ou entre amis. Et dès le 2 janvier, la tonalité
change : vous devez impérativement éliminer tous les excès de bonne chère
auxquels vous vous êtes imprudemment exposé quelques jours auparavant ! Régimes
miracles et pratiques sportives intensives sont dès lors votre nouvel horizon
obligatoire.

On a bien compris le tour de passe-passe
consubstantiel au système : tout le monde doit bien vivre, aussi bien les
commerçants de fins mets que les vendeurs de régimes et que les éditeurs de
journaux …

Dire tout et son contraire se constate
aussi du côté des analystes financiers de grandes banques. Voyez par exemple,
en matière boursière, la question des acquisitions et cessions d'activités par
les entreprises. Majoritairement, de telles opérations, aux logiques pourtant
opposées, sont considérées positivement par les analystes. Et cela quelles que
soient la conjoncture ou la nature de ces activités. Finalement, les
entreprises font-elles mieux de s’empiffrer (acquisitions) ou de faire régime
(cessions) ? Les deux , mon général … Une acquisition (ou une fusion) est
généralement considérée comme porteuse de synergies (effets positifs sur les
ventes ou sur les coûts) tandis qu'une cession permet un "recentrage
bienvenu" sur les lignes de croissance et libère des liquidités réduisant
l'endettement ou redistribuées aux actionnaires. Eclairons ce paradoxe. En
fait, les analystes sont soumis à une double influence. D'une part, leurs
collègues banquiers d'affaires se nourrissent des changements de périmètre
d'entreprises à l'occasion desquels ils prélèvent des commissions
d'intermédiation. Présenter ces opérations sous un jour favorable bénéficie
donc globalement au monde de la finance, même si les deux métiers d'analystes
et de banquiers d'affaires sont a priori séparés. D'autre part, à chaque fois
qu'une entreprise achète ou vend une activité, le management de celle-ci met
naturellement l'accent sur les supposés bienfaits à en retirer, que les
analystes reprennent alors paresseusement dans leurs "analyses".

Dans l'intérêt de ses actionnaires, une
entreprise doit-elle plutôt s'alourdir ou s'alléger ? Récemment, faisaient la
une les déboires du groupe informatique Hewlett Packard, s'étant fourvoyé dans
l'acquisition en 2011 de l'éditeur de logiciels Autonomy. Pour autant,
désinvestissant massivement depuis 2 ans, BP ramènera-t-il le sourire à des
actionnaires déçus depuis l'affaire de la pollution du Golfe du Mexique ? 
A tout le moins, notre expérience et des études universitaires publiées sur le
sujet pointent sur les dangers des fusions/acquisitions. Trop souvent,
celles-ci viennent combler une incapacité des équipes dirigeantes à créer de la
croissance par eux-mêmes. Et ces dirigeants sont alors tentés de payer trop
cher, ce que l'actionnaire paie lui aussi sous la forme de rendements
ultérieurs décevants. Mais les cessions sont généralement également le signe
d'un échec, parfois d'ailleurs celui d'une acquisition qui n'a pas donné les
résultats escomptés. En pareil cas, cet échec est alors déjà reconnu par le
cours de bourse. A la condition qu'elles s'opèrent à des conditions financières
satisfaisantes, les cessions peuvent alors être plus souvent bénéfiques à
l'actionnaire.

Méfions-nous néanmoins des règles
générales. In fine, toute décision financière d'une entreprise doit s'étudier
sous l'angle de la rentabilité à en attendre. Et s'il est vrai que les gros
titres de la presse spécialisée sont régulièrement occupés par les acquisitions
ou cessions des entreprises, l'analyste expérimenté ne doit surtout pas oublier
d'apprécier l'évolution dite organique de l'activité, à savoir celle qui ne
doit rien aux changements de périmètre.

Laissez un avis

Envie d'entreprendre
Logo
Enable registration in settings - general