« Petite chronique boursière » : Vendre, l’autre conseil …

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

C'est bien connu : lorsque deux
investisseurs se rencontrent, leur conversation tourne davantage sur ce qu'ils
ont récemment acheté que sur ce qu'ils viennent de vendre. Ne nous le cachons
pas, les investisseurs vendent trop peu et, lorsqu'ils le font, ils vendent
souvent à mauvais escient.

Pourquoi ?

Outre la tendance à se laisser influencer
par l'ambiance générale de la Bourse qui touche aussi bien les décisions
d'achat (acheter au plus haut) que de vente (vendre au plus bas), je vois deux
raisons spécifiques au malaise des investisseurs face à la vente.

Primo, en règle générale, les investisseurs
souffrent d'une aversion  à la perte. Ils conservent ainsi des titres sur
lesquels ils ont perdu et préfèrent vendre d'autres sur lesquels ils ont gagné.
Pourtant, une perte ou un gain sur un titre ne constitue pas, en soi, un signal
sur ce qui se passera par la suite. Certes, reconnaître une erreur n'est en
effet jamais agréable, ce qui explique que, face à une perte, l'investisseur
préférera attendre une amélioration de la situation (et donc une remontée du
cours). Mais s'auto-persuader de la sorte, sans éléments probants pour
confirmer cette position, n'est pas rationnel.

Deuzio, à beaucoup, il apparaît fastidieux
de revenir sur un dossier déjà étudié alors que découvrir de nouvelles
opportunités de placement est plus excitant. Il importe pourtant de vérifier
régulièrement que les raisons qui ont prévalu à l'achat de tel produit
financier sont toujours présentes. Cette action, cette obligation ou ce fonds
n'est-il (elle) pas devenu(e)(e) trop cher(e) entretemps ? La qualité du
dossier est-elle toujours suffisante, notamment eu égard à la tolérance au
risque de l'investisseur ? Les conditions de la confiance sont-elles toujours
réunies ? Pour ce qui est d'une action, l'investisseur doit en particulier
étudier l'évolution du comportement du management : l'entreprise est-elle bien
gérée en tenant compte des intérêts des actionnaires ?

Un frein psychologique (refus de perdre) et
une faible motivation à revenir sur des achats passés sont des pièges
redoutables. Les comportements, même néfastes, ne se changent pas facilement.
Pourtant, en Bourse, les décisions de vente sont cruciales pour la santé de
tout portefeuille. En effet, il ne sert pas à grand-chose de "bien"
acheter si, dans le même temps, sont conservés des actifs désormais trop chers
et/ou de mauvaise qualité, synonymes le plus souvent de rendements ultérieurs
décevants. Gagner d'un côté et perdre de l'autre, cela relève de la gabegie.
C’est pourquoi la qualité des décisions de vente est cruciale, notamment pour
ce qui est des placements les plus populaires (souvent les plus exposés au
risque de surévaluation). Comprenez bien : je ne plaide pas pour des allers et
retours frénétiques en Bourse. Une telle pratique de trading, par le timing
illusoire qu'elle suppose, expose à la multiplication des erreurs et des frais.
Mais, pas plus, je ne recommande d'acheter et de conserver indéfiniment. Ces
dernières années, les marchés financiers ont été particulièrement agités, au
gré de périodes de nervosité parfois très vive. Celui qui a su tirer profit de
cette volatilité pour réajuster au mieux son portefeuille dans une optique de
long terme en est sorti gagnant. Même si ces derniers mois, grâce une
atténuation de la crise des dettes souveraines européennes, le calme semble
être revenu, la tempête peut se remettre à souffler au premier signal d'alarme.
En particulier, la situation politique et économique en Espagne et en Italie
est loin d'être assainie. Vendre ce qui est cher aujourd'hui permettra
peut-être alors de racheter au rabais demain. Tout bénéfice …

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