Désir d’objectif

Martingilles Par Gilles Martin (chroniqueur exclusif) – Président du cabinet de conseil en stratégie et management PMP

En ce moment, dans les entreprises, on prépare déjà la prochaine année ; on fait les budgets, on fait le bilan de l’année, que l’on va « clôturer », faire les comptes, sortir les résultats.

Et puis, chacun, les dirigeants, les collaborateurs, fait son bilan personnel, se donne des objectifs, des moyens, des plans d’actions.

Fixer des objectifs, pour soi-même, c’est vouloir changer quelque chose, dans son comportement, dans ses pratiques, dans ses méthodes, pour améliorer autre chose, la performance, mais aussi, le plaisir au travail, la satisfaction personnelle.

Forcément, tous ces objectifs, toutes ces motivations, vont construire collectivement la réussite et la performance de l’entreprise.

Quand on parle d’objectifs, de quoi parle-t-on ? C’est souvent là que les problèmes commencent ; une incapacité à formuler clairement l’objectif.

Car il est facile de tomber dans ce que Watzlawick appelle le « syndrome d’utopie », qui consiste à formuler le rêve d’un monde sans problèmes, la poursuite d’un bonheur total, de la réalisation de soi, de la découverte de l’unité une fois pour toutes. Ce sont souvent ces formulations, explicites ou implicites, qui provoquent les anxiétés et angoisses ensuite, ces aspirations élevées étant toujours déçues et jamais atteintes, provoquant une perte de confiance en soi, qui, alors, peut empêcher d’atteindre des objectifs à court terme plus concrets.

Une autre dérive consiste à envisager l’objectif dans l’illusion du contrôle de choses que, en fait, on ne contrôle pas. C’est la personne qui considère qu’elle aura résolu le problème qui l’obsède lorsque qu’elle aura réussi à transformer l’autre, ou encore mieux, quand il se sera changé de lui-même  ( je n’arrive pas à manager ce collaborateur, il est mauvais, ça ira mieux quand il sera meilleur). Toutes ces attitudes correspondent à la croyance que la menace, le chantage, le marchandage, l’incantation, ou encore la force sont les seuls moyens de se faire respecter, de faire évoluer les autres ou mieux d’instaurer l’ordre une fois pour toutes. (Comme l’analyse très bien Françoise Kourilsky dans son ouvrage « Du désir au plaisir de changer »).

Autre illusion que j’entend souvent dans la bouche de certains clients : pour aller mieux, il faut «  changer la culture d’entreprise », « changer les mentalités », le genre de formulations qui démontrent toujours que l’on ne sait plus trop où l’on va, que l’on n’arrive plus à formuler d’objectifs clairs, et que l’on tourne en rond.

C’est pourquoi, avant de parler d’objectifs, on doit passer un peu de temps à réfléchir à notre désir.

C’est le désir d’un futur attractif qui nous fait changer et obtenir des résultats, et non nos lamentations et peurs sur ce qui ne va pas, sur les problèmes, les siens ou ceux des autres.

Ce désir qui précède l’objectif, c’est aussi d’abord un choix intérieur. Il ne s’agit pas de considérer que l’objectif se limiterait à acquérir plus de connaissances, de compétences, de science.

C’est Saint Ignace de Loyola, dans ses « exercices spirituels », qui indique que «  ce n’est pas l’abondance de la science, mais le sens et le goût intérieur des choses qui habituellement comblent le désir de l’âme ».

Ce désir ainsi évoqué, c’est celui qui nous fait faire des choix, qui sont les nôtres, ce que Saint Ignace appelle un « choix libre ».

Cette liberté de choisir, elle s’acquiert grâce à ce recueil sur soi. Elle est tout sauf une pure volonté de plaire, ou de satisfaire les objectifs ou le désir des autres.

Françoise Kourilsky insiste beaucoup, pour faire aboutir concrètement cette démarche, sur l’importance de détecter et mobiliser les ressources.

Les ressources, ce sont tous les moyens, psychologiques, émotionnels, relationnels, matériels ou techniques qui permettent d’atteindre l’objectif souhaité.

C’est Milton Erickson qui a popularisé cette hypothèse que, quel que soit notre problème, nous disposons déjà des ressources pour le résoudre, mais nous ne savons pas toujours y accéder seul.

Selon cette hypothèse, c’est en détectant et en révélant ces ressources (et le consultant est là parfois pour apporter cette aide à l’entreprise) qu’on parvient à les mobiliser.

C’est en prenant conscience que l’on a des ressources insuffisamment utilisées, que l’on a envie de changer, et que l’on s’en sent capable.

Pour atteindre nos objectifs, et changer ce qui doit l’être : Du désir, exercer la liberté de choisir, détecter et révéler nos ressources.

Bons objectifs, et bonne réussite pour l’année prochaine.

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