« Petite chronique boursière  » – L’activisme actionnarial, le jackpot ?

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Après quelques semaines de languissante torpeur sur les plages de vos vacances, vous voilà revenu à la dure réalité de la vie professionnelle. L’activité reprend ses droits. Il y a de nouveau des gens qui s’agitent dans les couloirs de votre entreprise.

 Mais devez-vous également passer à la vitesse « active » en matière de placements boursiers ? Plus précisément, avez-vous intérêt à vous convertir aux vertus de l’activisme actionnarial ?

Prenons l’exemple de Nestlé pour comprendre de quoi il s’agit.

Récemment, un fonds américain, Third Point, est entré au capital du numéro 1 mondial de l’alimentation, Nestlé, à hauteur de 1,3%. Pour lui, il ne s’agit pas d’un investissement passif. Il a fait connaître au management du groupe ses recommandations en vue d’améliorer les perspectives financières du géant suisse dans l’espoir de doper le cours de son action : au menu, économies de coûts, modifications du portefeuille d’activités et rachats d’actions. C’est typiquement la démarche d’un actionnaire dit « activiste » qui entend rappeler aux équipes dirigeantes leur devoir à l’égard des propriétaires du capital. Quitte, s’il ne s’estime pas suffisamment entendu, à faire part publiquement de son mécontentement et retirer ses billes.

Un phénomène en expansion

Les investisseurs qui se présentent comme « activistes » sont minoritaires mais ont le vent en poupe. Plutôt que de prendre le contrôle complet d’une entreprise en la retirant de la Bourse (« private equity »), ils optent pour l’influence. Plusieurs dizaines de milliards d’euros sont actuellement investis mondialement dans cette optique : en 2016, plus de 750 entreprises étaient ainsi ciblées (dont quelque 40% hors des Etats-Unis), soit 13% de plus qu’en 2015.

3 conditions

Pour que la démarche d’un activiste soit couronnée de succès, 3 conditions sont requises.

  1. Une bonne stratégie basée sur un bon diagnostic. Un actionnaire activiste, jusqu’alors externe à la marche des affaires d’une entreprise, n’a évidemment pas automatiquement la science infuse. Encore faut-il d’abord qu’il identifie, à bon escient et si elles sont bien réelles, les faiblesses de la gestion. A sa charge ensuite de prescrire un « remède » adéquat de façon à améliorer la situation.
  2. Le management du groupe pris pour cible doit être à l’écoute des recommandations qui lui sont faites, soit de façon volontaire, soit sous la pression d’autres actionnaires qui apportent leur soutien à l’activiste. Bien entendu, plus la participation de l’activiste sera importante (avec parfois une présence au conseil d’administration à la clé), plus il sera susceptible d’être au minimum écouté.
  3. L’objectif recherché restant la hausse du rendement de l’action, l’aventure ne connaîtra d’issue réellement positive que si l’action est, au départ, bon marché. Un cours boursier qui anticiperait, dès avant l’intervention de l’activiste, l’amélioration de la situation aurait peu de chance de décoller significativement.

Est-ce que ça marche ?

Si la théorie est limpide, la pratique s’avère moins évidente. Des succès existent bel et bien mais les échecs retentissants ne sont pas rares. En 2015, le même Third Point qui s’intéresse aujourd’hui à Nestlé prenait une part de 10% dans l’américain Baxter, un leaders des instruments médicaux, et entrait au conseil d’administration. Il obtint des efforts sur les coûts et une redirection des ventes des produits vedette vers des marchés plus prometteurs.  Un succès : en 2 ans, le cours a bondi de quelque 50% (en USD). Le célèbre investisseur américain Carl Icahn (dont s’était inspiré le cinéaste Oliver Stone pour le rôle du sulfureux financier Gordon Gekko dans son film « Wall Street ») a mené une campagne, de 2013 à 2016, auprès du management de Apple en vue de doper les rachats d’actions, censés soutenir le cours. Encore un succès : même si le financier n’a pas eu totale satisfaction sur ce qu’il préconisait et s’il a vendu un peu tôt, il est sorti de l’aventure avec un gain de 55% (en USD), soit 2 milliards de dollars, avec le coup de pouce de la sous-valorisation du groupe au départ de son investissement. Par contre, toujours en 2015, le fonds Pershing Square entrait au capital du groupe pharmaceutique canadien Valeant, à hauteur de 9% . A la place du plan prévu d’une réduction drastique de l’endettement du groupe, Pershing Square, ayant également obtenu une présence au conseil d’administration, n’a pu freiner la chute de l’action alors que les pratiques commerciales et financières douteuses du labo étaient rendues publiques. Pershing a finalement revendu ses actions Valeant en mars de cette année à un cours de 11 USD par action …. Loin des 196 USD au moment où il y avait investi. 

Profiter du sillage des activistes ?

Les chercheurs en finance qui se sont penchés sur les stratégies mises en place par ces investisseurs activistes n’aboutissent, eux aussi, qu’à des conclusions mitigées. Une des difficultés rencontrées est la détermination de la date de départ de l’influence de ces actionnaires : il n’est pas rare en effet que leurs préconisations soient entendues des managements et déjà mises en place avant que l’activiste ne déclare publiquement sa participation. Aux Etats-Unis, il existe un fonds, le 13D Activist Fund, dont l’objectif est précisément d’investir dans des entreprises ciblées par des activistes. Force est de constater cependant que, depuis la création de ce fonds, à la fin 2011, sa performance moyenne annuelle, frais pris en compte, est légèrement inférieure à celle du S&P500 .

Plus un art qu’une science

On le voit bien : le « métier » d’actionnaire activiste n’est pas facile, notamment eu égard aux 3 conditions énoncées. A fortiori, en aval, le petit actionnaire qui voudrait tirer avantage de ce phénomène en investissant dans les entreprises où les activistes opèrent n’a aucune garantie d’en sortir gagnant. En particulier, ne vous laissez pas éblouir par les sommes parfois importantes investies par les activistes. S’ils se trompent, ils ne se mettent jamais réellement financièrement en péril. En cas de pari trop risqué, il peut en aller différemment pour vous. Prudence donc !

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