Management : le Discernement

Dureau_laurent
Par Laurent Dureau (contributeur) – Impulseur Booster en Capital Humain


Bourré d’énergie et plein de bonnes intentions
,
l’entrepreneur surtout s’il est novice va vite apprendre à ses dépends
que tout ce qu’on lui dit n’est pas à prendre au pied de la lettre.

Dans ce parcours inhabituel, chaque acteur voulant vous aider est convaincu de la justesse de ses propos
et vous en bon élève vous allez gober quelques couleuvres qui vous
donneront  soucis et tracas avant leur complète évacuation de votre
univers.

Eh
bien oui, aussi convaincu et convaincant que peut être votre donneur
d’infos, il vous faudra systématiquement détecter le bon du mauvais, le
vrai du probable afin de mesurer les risques que vous prenez.

L’info sera toujours "teintée" commercialement
par votre interlocuteur qui a intérêt à faire du business avec vous.
Ceux qui sont "agréés" du type experts-comptables, juristes ou
banquiers sont les plus redoutables car forcément, d’une manière ou
d’une autre, ils vous tiennent par les "précieuses". Pour eux, vous
n’êtes qu’un poisson rouge coincé dans un aquarium.

Pour les autres "conseillers" de tous poils, naturellement on est
plus chatouilleux et il est plus facile de détecter les dérives qui
pourraient nous nuire. Cependant, il y a des professionnels très
aguerris qui apparaissent et disparaissent de votre champ de vision à
la vitesse de la lumière, juste  le temps de commettre leur larcin.

Personnellement, je les range dans la catégorie des PV de
stationnement. Malgré tous vos efforts pour ne pas en prendre une,
statistiquement vous savez qu’il vous faut y consacrer un certain
budget mensuel avec lequel vous vous arrangerez.

Là où le discernement devient le plus vital c’est quand il faudra signer un contrat vous engageant. Cela va de la signature d’un CDI, d’une assurance ou d’un contrat de partenariat.

Plus l’écriture du contrat est petite, ou le pavé important, et plus
cela indique que les mailles du filet sont fines et que vos capacités à
vous en sortir seront quasiment nulles. Généralement le ticket de
sortie coûte très cher mais entre cela et l’abattoir mieux vaut perdre
une jambe ou un bras…

Reste l’embauche d’un salarié, la signature avec un partenaire ou
associé et le "contrat du siècle". Dans ces derniers cas, l’insouciant
se fait immédiatement immolé, l’innocent crucifié et le malentendant
écartelé.

Tous les pontes du management de pacotille vous diront qu’il
faut étudier la chose, l’analyser et après mûre réflexion prendre la
décision. C’est effectivement un bon conseil mais il est loin de se
suffire à lui-même.

L’expérience montre
que notre première impression à propos d’une personne est l’une des
clés capitales qui forgeront votre décision.
Certes c’est peu rationnel voire pas du tout mais cela marche.

Un vieux de la vieille n’a pas besoin de trois jours pour se faire
une idée sur quelqu’un ou sur un contrat juteux. Au premier ressenti
bizarre, inhabituel sa vigilance s’éveillera et il cherchera qu’est-ce
qui a provoqué en lui cette alerte.

Avec un brin d’expérience, la chose est entendue mais il lui faudra vaincre la puissance de persuasion de son mental.
Il se dira cette personne présente bien, son CV est impeccable,  ses
recommandations sont élogieuses et pourtant quelque chose me dérange…

A chaque fois que j’ai hésité et que j’ai décidé d’écouter ma logique, je me suis pris une veste. Il est en nous un "instinct", un "ressenti", une "sensation" qui est là pour nous aider à survivre en ce monde.

Si vous ne ressentez pas un projet, une affaire, un futur associé,
ne vous engagez pas et restez courtois. Dites-vous que cela n’est pas
pour vous et que d’autres en profiteront à votre place.

Votre capacité de discernement sera votre armure sur le champ de bataille
où tous les coups sont permis. Alors soyez bon enfant dans vos
rencontres, dans votre business mais n’oubliez pas vous êtes un joli
petit poisson rouge au milieu d’une meute de chats affamés.

L’expérience la plus frappante que j’ai eu dans ma vie a été la
suivante. Un beau jour, mon père arriva à la maison avec un plein filet
de poisson qu’il venait de pêcher avec mon frère. Fier comme des coqs,
ma mère les envoya balader en leur disant qu’ils les cuisinent
eux-mêmes. Humiliés devant la flopée de frangines, ils décidèrent de
prendre les choses en main et m’appelèrent à la rescousse pour qu’on se
la joue entre "mecs".

Choses dites choses faites, on se retrouve à trois autour de la
table avec une poêlée d’oeufs de barbillon fricassés aux petits
oignons. Mon père commença à servir mon frère aîné comme il se doit et
puis voulu me servir. A cet instant ma petite voix me dit de ne pas en
prendre et je m’évertuais à dire à mon père que je n’en voulait pas.

Vexé, il se servit quand même en maugréant ce fils qui ne savait pas
apprécier les bonnes choses. Ils n’eurent pas le temps de terminer
l’assiette, qu’ils devinrent blanc comme des cachous avant de se mettre
à vomir de tout leur estomac.

Pris de panique j’ai appelé du renfort car ils étaient presque
évanouis. Mon frère allongé sur le lit se teintait d’un couleur verte
et était secoué par de violents spasmes. Dans la demi-heure ils étaient
à l’hôpital pour cause d’empoisonnement aigüe. S’ils avaient eu fini
leur assiette, ils aurait été mort ce jour là.

J’avais 14 ans et j’avais eu le courage de dire non à mon père
malgré une ambiance propice à resserrer les liens entre nous.
Croyez-moi, depuis ce jour-là, j’ai compris qu’il y avait en moi
quelqu’un qui me voulait du bien et encore aujourd’hui et plus que
jamais je l’écoute très attentivement.

Je vous souhaite donc un maximum de discernement dans vos affaires et la vie de tous les jours tout en sachant que votre petite voix parle faiblement comparé à la fanfare de notre mental.

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