« Petite chronique boursière  » : La volatilité, un facteur d’inquiétude ?

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Les soubresauts boursiers, surtout lorsqu’ils sont violents, ont le plus souvent pour effet de maintenir les investisseurs à l’écart. A tout le moins, hors précaution de spécifier un cours limite, il peut s’avérer délicat de passer un ordre de bourse sur la base d’un cours qui peut s’apprécier ou se déprécier de parfois 10 à 15% sur quelques heures.

Mais c’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf. Si les cours sont volatils, c’est bien aussi parce que les investisseurs ont peur et qu’ils réagissent très, voire trop, fortement à des informations qu’ils ont du mal à décrypter. Connaissons-nous une récession économique ou nous dirigeons-nous vers une longue et pénible dépression ? Comment interpréter les chiffres du chômage qui s’envolent ? Comment les bénéfices des entreprises vont-ils être affectés par la situation macro-économique ? Etc. Etc.

Sans avoir pour ambition d’apporter une réponse définitive à ces légitimes interrogations, je vous invite à regarder d’un peu plus près cette question de la volatilité.

Quand on voit ce graphique, qui illustre la volatilité de la Bourse américaine :

http://finance.yahoo.com/q/bc?s=%5EVIX&t=my&l=on&z=m&q=l&c=

on peut tout de même se poser la question de savoir si le vrai risque ne se trouve pas précisément en période de faible volatilité ç.-à- d. lorsque les investisseurs estiment (erronément) que les actions ne sont pas risquées et donc lorsque la formation d'une bulle est favorisée … avant son inévitable éclatement.

Lire à ce sujet les commentaires éclairants du Professeur Richard Haugen (en 2005 !) :

http://registeredrep.com/mag/finance_beware_sleeping_beast/ :

"The low volatility of recent years has given investors a false sense of security. My guess would be that people are getting lulled into thinking that volatility doesn't exist any more. I think it's almost the opposite".

"La faible volatilité des récentes années a donné aux investisseurs un faux sentiment de sécurité. A mon avis, les gens se fourvoient en considérant que la volatilité n’existe plus. C’est même sans doute presque l’opposé".

(Voir aussi son intéressant site : http://www.quantitativeinvestment.com/qicumulative.aspx ).

Cela dit, sans doute un krach a-t-il comme signe précurseur une augmentation graduelle de la volatilité.

Dans cet esprit, il serait logique de penser qu'il existe une corrélation négative entre les niveaux de valorisation et la volatilité : plus la volatilité est élevée (basse) (depuis longtemps) et plus les actions risquent d'être bon marché (chères). Le risque, au sens du risque d’investissement (à savoir la probabilité d’une perte sensible de vos avoirs sans espoir de récupération à court ou à moyen terme) se confond alors ici, il est vrai, avec la cherté (valorisation excessive) des actions.

D'où la question : à ce stade, le krach a-t-il déjà eu lieu ou non ?

A tout le moins, la forte baisse récente des cours semble correspondre, quoique sur un rythme assez rapide de survenance, à la moyenne des baisses enregistrées lors d'épisodes du même genre par le passé :

"Equity prices tend to bottom out somewhat more quickly, taking only three and a half years from peak to trough — dropping an average of 55% in real terms, a mark the S&P has already touched. However, given that most stock indices peaked only around mid-2007, equity prices could still take a couple more years for a sustained rebound, at least by historical benchmarks."

"Les prix des actions atteignent leur plus bas quelque peu plus rapidement (que la décroissance économique), en seulement trois ans et demi du plus haut au plus bas – correspondant à une baisse de quelque 55% en moyenne en termes réels, un niveau que le S&P (500) a déjà atteint. Cependant, étant donné que la majorité des indices boursiers ont culminé aux alentours de la mi-2007, il se pourrait que les prix boursiers attendent encore quelques années avant un rebond durable, du moins selon les références historiques".

(What Other Financial Crises Tell Us, par CARMEN M. REINHART and KENNETH S. ROGOFF, Wall Street Journal 3 février 2009)(voir aussi la version longue de leur papier : http://www.economics.harvard.edu/faculty/rogoff/files/Aftermath.pdf ).

En conclusion (provisoire, comme toujours sur de pareils sujets !) et si l'histoire peut nous aider : le gros de la crise boursière (baisses des cours) est peut-être derrière nous ; ce qui ne signifie pas qu'un rebond durable et marqué soit pour tout de suite ni que nous sommes à l’abri d’une glissade supplémentaire. L’investisseur prend néanmoins moins de risques aujourd’hui qu’il y a un ou deux ans. Inutile, par ailleurs, de vous précipiter sur de bonnes affaires présumées : prenez le temps de l’analyse en scrutant les forces et les faiblesses des entreprises selon tel ou tel scénario économique. Bref, laissez tomber vos œillères et investissez en toute connaissance de cause.

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