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CAC 40 et CAC 40 GR : l’écart des dividendes

L’indice parisien cité dans les journaux et les bulletins d’information est une version qui ne tient pas compte des dividendes versés par les sociétés qui le composent.

Il en existe une seconde, calculée à partir des mêmes valeurs, dans laquelle les dividendes sont réinvestis. Elle porte le suffixe GR et sa trajectoire est nettement différente.

L’écart entre les deux n’est pas un détail de méthode. Il explique pourquoi la performance de la bourse française paraît médiocre dans les comparaisons internationales alors que le rendement réellement perçu par un actionnaire raconte autre chose.

Pourquoi cela relève des fondamentaux

Parmi les bases de l’investissement, la mesure de la performance vient avant la sélection des titres, puisqu’elle détermine ce que l’on compare.

Les composantes du rendement d’une action sont au nombre de deux :

  • L’évolution du cours, qui produit une plus-value ou une moins-value ;
  • Les dividendes versés pendant la période de détention.

Un indice de prix ne mesure que la première. Rapporter cette mesure au rendement total d’un autre placement revient à comparer deux grandeurs différentes.

L’écart mesuré

Les chiffres disponibles donnent un ordre de grandeur cohérent malgré des périodes de référence variables.

Une fiche consacrée à la performance historique indique qu’en version avec dividendes réinvestis l’indice affiche une performance annualisée d’environ 8 à 9 % sur les vingt dernières années, contre plutôt 5 à 6 % en version nue, la différence s’expliquant par le rendement élevé des entreprises françaises en dividendes.

La même source illustre l’effet cumulé : un investissement de 10 000 euros en 2003 aurait donné environ 25 000 euros en suivant l’indice nu, et davantage en tenant compte des dividendes réinvestis.

Le record de 2024

Un détail rend l’écart particulièrement visible. L’indice nu n’a dépassé son record de l’an 2000 qu’en 2024, ce qui a nourri l’idée d’une bourse française stagnante pendant près d’un quart de siècle.

En version avec dividendes, ce record avait été franchi bien plus tôt. Les deux affirmations sont exactes et décrivent deux mesures distinctes du même marché.

L’écart d’interprétation est considérable. Selon la version retenue, le même marché apparaît soit comme durablement atone, soit comme ayant progressé de façon régulière malgré deux crises majeures.

Ce que la version GR ne retranche pas

Il faut immédiatement poser la limite inverse, car elle est tout aussi importante et beaucoup moins souvent mentionnée.

Une analyse de cet indice avertit que l’absence de prise en compte de la fiscalité sur les dividendes et des frais de gestion dans le rendement affiché peut tromper les investisseurs individuels, et qu’il faut toujours retraiter la performance avec les paramètres réels de sa situation : fiscalité, frais d’achat et de revente, coût du courtier et de l’éventuel fonds.

La version avec dividendes suppose en effet un réinvestissement intégral des sommes distribuées, sans prélèvement ni frais d’exécution. Aucun investisseur ne se trouve dans cette situation.

Où se situe le rendement réel

De ces deux constats découle une conclusion simple et utile.

L’indice nu sous-estime ce qu’a perçu un actionnaire, puisqu’il ignore une composante entière du rendement. L’indice avec dividendes le surestime, puisqu’il suppose un réinvestissement sans coût ni impôt.

Le rendement effectivement obtenu se situe entre les deux, et sa position dépend de trois éléments propres à chacun : l’enveloppe de détention, les frais supportés et la discipline effective du réinvestissement.

C’est précisément le point sur lequel l’enveloppe fiscale française produit son effet, puisqu’elle modifie le traitement des dividendes perçus à l’intérieur du plan.

Deux investisseurs détenant les mêmes titres pendant la même période obtiennent donc des résultats différents selon le contenant utilisé, et cette différence porte sur la composante que l’indice nu ne mesure pas.

Ce que cela change dans les comparaisons

Plusieurs usages courants deviennent incorrects dès lors que la distinction n’est pas respectée :

  • Comparer la bourse française à un indice étranger sans vérifier la version employée de part et d’autre ;
  • Évaluer un fonds face à un indice de référence qui n’inclut pas les dividendes ;
  • Estimer un rendement futur à partir d’une série historique de prix ;
  • Juger une stratégie de long terme sur la seule évolution des cours.

Le premier point mérite une attention particulière, car certains indices étrangers sont publiés directement en version dividendes réinvestis. Les opposer à un indice de prix attribue à l’un un avantage qui provient de la méthode de calcul.

Ce qu’il faut vérifier

Les contrôles nécessaires sont rapides et évitent des erreurs répétées :

  • Lire le nom complet de l’indice, les versions avec dividendes étant signalées par un suffixe ;
  • Vérifier quelle version sert de référence dans la documentation d’un fonds ;
  • Utiliser la version avec dividendes pour toute mesure de performance longue ;
  • Retraiter cette performance des frais et de la fiscalité applicables à sa propre situation.

Le dernier point est le seul qui produise un chiffre personnel, et c’est aussi celui qu’aucun indice publié ne peut fournir.

Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures.