Management : le rapport à l’argent (1)

Dureau_laurent
Par Laurent Dureau (contributeur) – Impulseur Booster en Capital Humain

Nous avons tous un rapport personnel avec l’argent.
Pour certains il est rare, pour d’autres il est sale mais dans tous les
cas il ne laisse pas indifférent. Notre relation avec ces bouts de
papiers, de métal voire de simples chiffres sur un relevé bancaire modifient notre art de vivre et comment nous voyons et interprétons le monde.

Cette vision se fait tout particulièrement sentir quand nous
devenons un entrepreneur dans les faits. Pour la quasi-majorité des
cas, l’argent sera le principal souci pour pouvoir développer son activité permettant ainsi de concrétiser ce qui nous tient à coeur.

L’argent est une énergie
dont nous avons tous besoin pour avancer dans la vie et il est très
clair que notre façon de le considérer influencera notablement le
développement de l’entreprise et in fine notre propre développement
personnel.

L’argent possède aussi une relation étroite avec celle du temps.
Souvent, aux extrêmes,  le rapport est inversement proportionnel :
Quand nous avons beaucoup de temps nous sommes fauchés et quand
l’argent n’est plus un problème nous manquons de temps pour en
profiter. Il existe une zone "centrale" où un équilibre temps/argent
semble s’équilibrer.

Et puis l’argent possède aussi une relation avec nos propres compétences et qualifications. Autodidacte par nécessité, j’ai véritablement expérimenté cette relation.

Quand je n’avais qu’un BEP en poche à 18 ans, le smic était mon
mensuel puis bien des années plus tard, une fois retourné à l’école
avec un bac+2 à 27 ans, je gagnais le smic tous les quinze jours. Puis
à 40 ans avec un bac+6, le smic correspondait globalement à une journée
de travail effectif en tant que consultant.

En effet, à l’usage, j’ai découvert qu’il existait une équation qui globalement se résumait à cela : Argent collecté = Temps passé x Compétences & Qualifications acquises.

Mise sous une autre forme cela donne : Richesse matérielle = Temps passé x Richesse intérieure.
Il est évident que cette règle ne prend pas en compte les jeux de
hasard comme le loto où tous les trucs à gratter ainsi que les
malversations corruptives pour gens pressés.

Passant périodiquement de l’état de financièrement bien portant à celui
de fauché, il semblerait que mon expérimentation entrepreneuriale suit
une sorte de courbe d’apprentissage qui fait que plus j’avance et plus
les valeurs extrêmes se font importantes.


Ma courbe de richesse matérielle suit une sinusoïdale
qui tous les 7-8
ans me fait changer de banquier. Quand tout va mal voire même très mal,
mon banquier me pousse dehors de toutes les manières possibles et puis
une fois dehors un nouveau banquier m’ouvre les bras très grands car il
sent qu’il va faire du business avec moi.

C’est devenu une constante pour moi. A chaque lancement d’une nouvelle
société, je change de banquier. La remise à zéro de ma richesse
matérielle correspondrait aussi à la remise à zéro des relations que
j’entretiens avec le banquier
.

En effet, au fil du temps et des expériences, j’ai dégagé une
certaine aisance à manipuler des chiffres de plus en plus gros sans que
cela me donne la chair de poule. L’expérience m’a démontré que la peur éprouvée lors d’une prise de risque est identique quelle que soit le montant numéraire du risque.

Lors de ma première entreprise mon premier découvert bancaire de
1.000 FF m’empêcha réellement de dormir jusqu’à temps que je m’y fasse.
Cette même angoisse se reproduisit à 10.000 FF puis à 100.000 FF et
puis l’euro arriva ! Ouf, cela m’a fait du bien car soudainement les
chiffres se sont rétrécis.

Cela n’a en rien diminué les risques mais psychologiquement, il y a des passages qui
font que l’on en prenne une certaine conscience. En tant
qu’entrepreneur, cela veut dire des risques sur mes finances
personnelles car dans le cadre d’une entreprise où je serai le manager,
parler et jouer avec des millions d’euros (non pas de CA mais de
dettes) ne me fait plus grand chose en termes de frémissements
négatifs.

En revenant au sujet principal, ma richesse  en termes d’expérience et de maturité semble
suivre une courbe sinusoïdale déphasée avec celle de la richesse matérielle. C’est-à-dire quand
l’argent se fait rare j’engrange beaucoup d’expérience alors que quand
il est abondant une certaine forme de facilité ramollit ma capacité à
découvrir mes limites intérieures.

Voilà ce qui me fait dire que les difficultés financières d’un entrepreneur sont indissociables de l’état d’apprenant d’un entrepreneur.
Il ne pourra devenir un bon entrepreneur et donc un bon patron que s’il
connaît la frustration du manque d’argent pour assouvir son rêve.

Un entrepreneur riche risquera en fonction de ses richesses
matérielles. Voici pourquoi ma courbe d’expérience est sinusoïdale : je
remets sur la table à chaque création la totalité de mes biens
personnels. Car je sais que si je me préserve un volant de sécurité, ma hardiesse au combat sera amoindrie et que de ce fait je ne taquinerai pas mes nouvelles limites.

Le tout ou rien semble être une logique de mercenaire mais pour moi
elle correspond à une volonté de découvrir qui je suis véritablement et
chaque jour m’apporte une récompense que je réaliserais et comprendrais
plus tard.

La vie est un risque
alors je risque tout ce que je possède à chaque fois. Comme cela quand
je suis en grande difficulté, le banquier sait qu’il ne peut rien me
prendre. Il en résulte qu’il perdra son pouvoir d’intimidation et
s’assoira plus facilement autour de la table de négociation en bon
gentleman soucieux des intérêts mutuels.

Autre avantage majeur, puisque je n’ai plus rien, la peur de perdre
quelque chose est absente et à ce titre mon équilibre intérieur s’en
trouvera largement bénéficiaire. Cette assurance fera que mon cher
banquier ressentira cette force tranquille  et fera de réels efforts
pour m’aider à faire fructifier ce qui est en moi.

Un vrai climat de confiance s’installera car il saura que je ne mens pas et qu’il a tout à y gagner. Même dans certains cas, ils remettent la main à la poche tant ils se sentent en sécurité.

La transparence et la sincérité sont les maîtres mots d’une bonne communication.

J’apprécie
quand les miracles arrivent mais j’avouerai qu’ils faut les provoquer
un peu. Or quand tout va bien, les miracles se font rares. Il est vrai qu’en position difficile ou très délicate notre vision de la réalité fait que nous apprenons à dire merci avec une plus grande fréquence et avec une véritable profondeur du coeur.

A ce titre je remercie toutes les personnes que j’ai côtoyé et qui
m’ont fait confiance ainsi qu’a tous ceux que je côtoie aujourd’hui et
qui me font aussi totalement confiance. Sans eux, je ne pourrai entreprendre dans cette entreprise qu’est la découverte de moi-même.

Ils reçoivent beaucoup car ils me donnent cette attention et
compréhension suffisante qui permet à tout être humain de se dépasser

car il se sent en confiance et en accord avec ce qu’il est. Ainsi
l’humanité s’enrichit encore plus grâce à cette différence, cette
unicité qui ose prendre en main sa destinée.

Alors je prie très fort pour que chacun d’entre-nous, et tout
particulièrement les entrepreneurs, puisse marcher dans la voie
difficile mais oh combien gratifiante d’un enfant qui veut découvrir le
monde autour de lui afin de découvrir le monde merveilleux qui se tient
en lui.

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