Par Laurent Samuel (chroniqueur exclusif) – Consultant secteur associatif
Je poursuis dans ces colonnes la publication du travail de réflexion, que nous conduisons avec
Christophe Medici, consultant en management des organisations, à propos des conflits dans
les associations 1901.
Qu’est ce que la sociologie des organisations peut nous apprendre à propos des
conflits dans l’association 1901 ?
Le concept de « prophétie de départ » est très utile pour comprendre de nombreux conflits qui
peuvent survenir dans une association 1901 ou tout autre organisme dont le fonctionnement
repose sur l’adhésion individuelle des personnes. Il fut élaboré par un grand sociologue du
début du XXème siècle, Max Weber, dans un livre magistral « Economie et société » paru en
1921.
L’idée est la suivante : toute organisation humaine à but non lucratif, tout rassemblement
d’âmes exprimant un mouvement religieux, social, politique, esthétique se fonde sur une idéeforce
de départ. Cette « prophétie de départ », c’est un grand rêve, une idée généreuse, un bel
idéal à atteindre, comme une étoile à décrocher ; elle est souvent portée par un seul homme,
plus rarement un petit groupe de personnes.
Au sens freudien, la prophétie de départ est une création de l’imaginaire et des pulsions d’un
individu. Cette idée va se transmuter en un imaginaire groupal qui donnera lieu à la fondation
d’une institution. La prophétie de départ est le socle sur lequel l’organisation peut s’instituer.
C’est ainsi que naissent les institutions (y compris les plus grandes !) : une prophétie de
départ, que s’approprie un groupe, pour instituer un ensemble de règles visant à la réalisation
de cette grande idée. Dans les associations régies par la loi de 1901, les fondateurs s’essayent
à transcrire la prophétie de départ dans les statuts, notamment en rédigeant l’article relatif au
but et à l’objet de la structure.

