
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier
Vous n’avez pas pu échapper à la couverture médiatique du scandale Bernard Madoff, du nom de cet ancien président du Nasdaq (la Bourse américaine des valeurs de croissance) qui avait monté une société d’investissement sur le modèle d’une « chaîne de Ponzi », cette structure pyramidale permettant de rémunérer et rembourser les anciens investisseurs avec l’argent récemment récolté des nouveaux. Préjudice estimé : quelque 50 milliards de dollars !
Une fois digérés le culot de cet homme et les montants abyssaux qui ont été escroqués, nous pouvons réfléchir plus posément à cette affaire.
C’est d’abord, à n’en pas douter, le symbole de tous les excès engendrés par la toute-puissance de l’économie financière telle qu’elle s’est développée ces 20 dernières années. En cela, malgré les montants en jeu, cette fraude ne doit pas surprendre outre mesure.
Ensuite, le schéma opérationnel de cette escroquerie nous amène à nous questionner sur nos propres comportements quotidiens. Peut-être avez-vous vu ce dessin humoristique qui circule sur Internet où deux enquêteurs « cuisinent » Bernard Madoff ; l’un deux lui demande « OK, Madoff, où avez-vous pris cette idée de rembourser vos premiers actionnaires avec l’argent des nouveaux ? ». Et le financier de répondre malicieusement : « Du système de sécurité sociale ». Bien sûr, ce trait d’esprit fait sourire. Mais il n’en demeure pas moins qu’une bonne partie des mécanismes financiers de nos sociétés reposent sur la logique de « continuité ». Dans le cas de la sécurité sociale, le principe de solidarité intergénérationnelle est là pour assurer que les retraités touchent de quoi vivre grâce à l’argent des salariés actifs. La fragilité du système se retrouve alors bien entendu dans la structure d’une autre pyramide, la pyramide démographique.
